Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
A moy que chault!

Premier tour de l’élection présidentielle 2017 : une instrumentalisation exemplaire

24 Avril 2017, 17:26pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Les deux grands vainqueurs de ce premier tour sont très certainement les médias et les instituts de sondage. Ce sont en effet eux qui ont réussi à formater et à façonner ce premier tour au résultat « inédit » et presque (en l’absence d’un utopique sursaut collectif…) idéal pour le système oligarchique avec la victoire annoncée du bébé Rothschild Emmanuel Macron.

Tout d’abord les médias « mainstream » aux mains des grands patrons du CAC 40. On les disait en perte de vitesse, discrédités, rejetés par le grand public lassé de se faire dicter ses choix par l’aristocratie germanopratine des salles de rédaction… C’est sans doute vrai, mais seulement partiellement… Si ces médias aux ordres ne disposent en effet plus du même monopole sur l’information et la communication politique, ils n’en gardent pas moins une redoutable capacité de nuisance. Ainsi, à défaut d’imposer dans un premier temps « leur candidat », ils se sont bornés tout d’abord à dézinguer, avec une rare efficacité, celui qui –bien que ne représentant vraiment pas une lourde menace pour leurs intérêts – avait eu quelques vélléités d’indépendance géopolitique et, qui plus est, incarnait encore (sans doute à tort d’ailleurs…) aux yeux de beaucoup une France traditionnelle et patriote pas encore totalement acquise aux joies de la mondialisation sans borne ni mesure. Bien aidé par la cupidité mesquine du Droopy népotique, ils se sont donc débarrassés du principal obstacle à l’avènement du candidat post-politique, clone quasi parfait du bellâtre canadien acéphale Justin Trudeau, correspondant idéalement, mimétiquement même, à la vision du monde de l’oligarchie financière qui paye les salaires des petits domestiques donneurs de leçons que sont les éditorialistes et chroniqueurs des divers médias de masse.

Une fois Fillon les deux genoux à terre, il ne restait plus qu’à mettre en évidence – sans trop en avoir l’air pour ne pas froisser la susceptibilité de l’électeur bob-cool qui fait ses « propres choix » avant de lancer sa nouvelle « start-up »…– les immenses qualités et mérites du candidat « en marche ». Un candidat « jeune », ce qui semble être aujourd’hui une qualité en soi, en « rupture », bien que ministre du gouvernement le plus impopulaire de la 5e république, « novateur », bien que soutenu par toutes les vieilles haridelles du cachetonnage politique, de Robert Hue à Alain Madelin en passant par Daniel Cohn-Bendit… Promu et vendu comme une innovation Apple dans un supermarché, il ne restait alors plus aux instituts de sondages qu’à lui concocter un environnement favorable… Marine annoncée dans un premier temps très haut et présente « sans aucun doute possible » au second tour afin à la fois de démobiliser partiellement son électorat et surtout de nourrir l’idée que « tout se jouait au premier tour » et donc d’actionner la logique du « vote utile… Hamon immédiatement annoncé très bas afin de décourager nombre de socialistes de voter pour lui en renforçant le fameux réflexe du « vote » utile pour éviter un second tour « Fillon/Le Pen »… Une stratégie remarquablement maîtrisée et réalisée qui a conduit près d’un électeur sur quatre à déposer dans l’urne un bulletin pour un candidat dont il serait bien en peine de citer dix points de programme, notamment en matière de défense ou de politique étrangère… Aussi incroyable que cela puisse paraître, l’ectoplasme hystérique, pur produit de l’Enarchie copulant avec la finance internationale, l’homme qui affirme que la « culture française n’existe pas « et que « la colonisation fût un crime contre l’humanité », est arrivé largement en tête du premier tour des élections et sera probablement le futur président d’une entité qu’on peine de plus en plus à appeler la France. A moins que….

 

Voir les commentaires

Drame bourgeois

24 Avril 2017, 15:55pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Si la France se résumait à l’Ouest parisien (7e, 8e, 16e), François Fillon serait élu président au 1er tour.

Malheureusement ce n’est pas le cas. Le rêve LMPT s’envole…

Voir les commentaires

L'entretien

21 Avril 2017, 15:30pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

« Quelle est mon ressenti depuis ma prise de poste ? Quels ont été mes principaux « acquis professionnels » durant l'année écoulée ? Comment conçois-je le relationnel avec mes collègues ? Est-ce que je maîtrise suffisamment toutes les « dimensions » de mon poste pour « devenir force de proposition » ? Quelle est ma conception de mon rôle d'interface entre les collections et les lecteurs ? Suis-je intéressé par une formation qui « interroge nos métiers » ? »

Mi accablé, mi médusé, je m'enfonce légèrement dans mon fauteuil... Il faut que je réponde, c'est évident, que je dise quelque chose d'intelligent, du moins de sensé, de concerné en tout cas... C'est mon gagne-pain quand même... Le truc qui me paye mon HLM et mes cigarettes... Une chance par les temps qui courent... Il faut que je réagisse, que j'argumente, que je mette en avant la « pluralité et la pluri-disciplinarité » de mes tâches, que je vante ma capacité d'écoute vis-à-vis de mes N-1 et mon volontarisme enthousiaste quand aux idées et préconisations de mon N+1... Il faut en tout cas que j'arrête d'avoir l'air d'un débile aux trois-quarts autiste... Déjà l'entrevue a bien commencé :

-  « Ha, je suis bien contente de cet entretien, car on ne peut pas dire que vous soyez très causant au quotidien... ».

Il ets vrai. Ceci dit, je n'ai pas grand chose à dire.

Je gribouille sur le papier devant moi, je ne trouve toujours rien à dire... Pourtant, dans le passé, j'arrivais assez bien à faire semblant, à jouer les impliqués, les motivés, les intéressés... Mais là, je n'ai plus la force, plus l'envie... L'âge sans doute...

Elle me demande ma date d'arrivée dans l'établissement. Je n'en sais rien.

Mon échelon ? Aucune idée non plus.

Visiblement, c'est à son tour d'ête affligée, plongée dans les affres de l'incompréhension...

Et la réforme du statut, j'en pense quoi ? Disons pas grand chose... étant donné que j'ignorais qu'il y en eût une...

Le grand sourire du début s'efface un peu. Cela m'attriste légèrement, car elle est aimable, bienveillante, empathique, pleine d'entrain et de bonne volonté... Elle a l'air d'y croire. On voudrait lui faire plaisir.

Il faut vraiment que je dise un truc... Soudain, j'ai une fulgurance, j'évoque ma conception d'une « politique documentaire davantage tournée vers les acteurs sociaux et les nouveaux publics non-universitaires ». Elle semble intéressée mais je m'épuise vite... Bon, passons à mes perspectives de carrière alors... Mes perspectives de carrière ? Ben comme tout le monde ici je suppose, végéter dans un bureau à faire des trucs chiants jusqu'au jour où tu as gagné le droit d'attendre la mort en étant financé par l'Etat...

Suis-je intéressé par un rôle de formateur ? Ha ben, tu parles ! Vu que je n'ai jamais exactement compris ce que je faisais, ce serait assez amusant de l'apprendre à d'autres... Bon alors c'est acté, on m'inscrit à une « formation de formateurs » ? Ce serait bien, car - elle me le dit sur le ton de la confidence-, je suis l'un de ceux qui a suivi le moins de formations en 2016 et ça, franchement, ce n'est « pas terrible dans un dossier »... Alors, allons-y pour les formations ! En sus, j'opte pour « Accueil des publics handicapés » et « Gestion des conflits »... C'est un peu juste mais ça ira, si je rajoute un « Atelier Power Point » et un « Maîtrise d'Excel niveau 2 »... J'essaye de faire part de mon enthousiasme face à ces réjouissantes perspectives mais apparemment cela passe assez mal... « La formation, c'est uen chance vous savez ! » m'assène-t-elle d'un ton presque vexé. C'est bien mon drame, je n'ai jamais su saisir mes chances.

En tout cas, j'ai clairement perdu des points. Il faut que je me rattrappe si je veux espérer une « réduction d'ancienneté de trois mois », voir même une « promotion sur avis »... J'ai envie alors de m'inventer un drame familial ou une maladie orpheline qui justifierait mon quasi-autisme mais un reste de décence me retient. Moi, grosso modo, j'aimerai juste continuer à faire ce qu'on me demande de faire, ni plus ni moins, et si possible en ayant à communiquer avec le moins de gens possible. C'est une position assez peu défendable. Répandue, certes, mais peu souvent argumentée. Le silence devient lourd.

Je me sens soudain une passion éperdue pour le revenu universel et une envie farouche de voter Benoît Hamon...

 

Voir les commentaires

Chances pour la France

21 Avril 2017, 14:04pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Esprit simple, voir simplet, je fais le constat suivant: le terrorisme sanglant qui frappe la France est le fait d'islamistes, immigrés récents ou issus d'une immigration plus ancienne.

Aux élections de dimanche, il y a une seule candidate qui s'oppose clairement à la fois à l'immigration et à l'islamisme.

Si on veut vraiment tenter de faire cesser le massacre, le choix devrait être fort simple, évident.

Mais peut-être le blessé n'est-il pas encore assez souffrant, le malade pas assez conscient de son état... Ou trop masochiste...

Voir les commentaires

Marine

19 Avril 2017, 15:59pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Rien de grand ne sort de la "marée des médiocrités" qu'est l'élection démocratique. Le Front National nous déçoit, est critiquable à nombre de points de vue et n'a évidemment rien d'un parti "révolutionnaire". Pourtant il faut voter pour Marine, sans passion ni espoir, mais par nécessaire appétence pour le "moindre mal" qui menace le pays. Parce que voter est un acte peu contraignant et peu impliquant et que Marine est sans doute la seule candidate pour qui le mot France n'est pas une pure abstraction. Parce qu'il y a encore dans son parti, au-delà de la flopée d'arrivistes, de gamelards, de pédés hystériques et d'antifas convaincus, quelques mecs carrés et respectables. Parce qu'une fois qu'on l'aura fait, on pourra passer à autre chose...

Donc Marine, forcément, obligatoirement. Dérisoirement...

Voir les commentaires

Relativisme

4 Avril 2017, 16:13pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

« La moraline a pris le pas sur la politique ! … Nous sombrons dans la tyrannie des juges ! … Les médias se substituent aux électeurs !... »

Depuis que François Fillon est confronté à une offensive médiatico-judiciaire spectaculaire et intensive, les « gens de droite », qui sentent une élection qui leur était promise leur glisser doucement entre les doigts, n’ont pas de mots assez durs et d’exclamations assez véhémentes pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une « cabale » visant leur champion. Pourtant, s’il est évident que le « système » a décidé de dézinguer Droopy pour tenter d’assurer l’élection de l’ectoplasme illuminé Macron, force est de constater que la plupart des affaires révélées sont bien réelles, reposent sur des faits avérés ou, tout au moins, des faisceaux d’indices plus que troublants. Bien sûr, on peut, en bon moderne blasé par la corruption et la vénalité généralisées, considérer que les dites « affaires » sont mineures, secondaires, que « les autres font la même chose » et que « c’est celui qui dit qui l’est »… Il n’en reste pas moins que cette accumulation de petits arrangements avec la légalité et la probité est révélatrice d’un état d’esprit, d’une nature même, pour le moins peu engageante, pour ne pas dire totalement répulsive, celle d’un homme avide, calculateur, excité par l’argent et le luxe, népotique et magouilleur. Il est vrai que c’est là un profil assez classique dans le personnel politique de la Ve République, mais il est tout de même assez étrange et étonnant de voir notre belle droite catho-versaillaise, qui aime tant se prétendre détentrice des nobles « valeurs » de la France éternelle, se montrer si indulgente envers ces peu ragoûtants travers. Ainsi la « génération LMPT », que le mariage homosexuel fait tourner de l’œil, s’apprête, sans la moindre gêne ni le plus petit scrupule, à voter Fillon et donc à placer à la tête de l’Etat un homme qui a fait la démonstration de la petitesse de ses préoccupations, de sa mesquinerie (le prétendu « remboursement » du mariage de sa fille…) et de sa déconnexion totale vis-à-vis du monde réel et des difficultés concrètes des français (voir l’indécent et odieux : « Je ne parviens pas à mettre de l’argent de côté… »). Il est vrai que, pour ces gens-là, il y a des choses bien plus importantes que l’honnêteté et le sens du bien commun et de l’intérêt général. Il y a la suppression de l’ISF et la réduction du nombre de fonctionnaires. Les trucs sérieux quoi, "non négociables"… Allez, à part l’éthique, « on ne lâche rien » !

 

 

Voir les commentaires

RDV

27 Mars 2017, 21:41pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

RDV

Voir les commentaires

Bouffon

24 Mars 2017, 13:13pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Chronique d'une fin du monde sans importance

Fabien, les pupilles dilatées, se redressa doucement pour s’appuyer à nouveau sur le large dossier en cuir du fauteuil club placé au centre de la loge. La petite ligne de poudre blanche avait totalement disparu de la table basse en face de lui. Il respirait maintenant un peu plus rapidement que d’ordinaire et ressentait des picotements dans les gencives mais il se sentait bien. Si bien. Il aimait ces instants. Il avait besoin de ce rituel immuable avant chaque prise d’antenne, chaque entrée sur le plateau. Le calme avant la tempête, la plénitude avant l’irruption dans l’arène... Fabien se sentait alors presque heureux. Il savourait sa réussite et le bonheur de travailler sur une chaîne branchée, punchy et transgressive comme Canal 4.

En à peine quelques mois, il était devenu le « sniper » numéro 1 de la chaîne, le chroniqueur caustique et impertinent qui « flingue » si brillamment les invités que c’est lui, finalement, qui est la véritable star de l’émission… Enfin, c’était le cas pour certains invités… Parfois, on lui demandait au contraire de « lever un peu le pied », de se mettre en retrait ou même de faire sa chronique sur un sujet plus général, sans lien direct avec la personnalité accueillie ce jour-là. Cela ne le dérangeait pas, d’autant que ce n’était pas si fréquent, 3 ou 4 fois dans le mois, à peine plus, lorsque l’on recevait un des actionnaires de la multinationale qui payait les salaires, une jeune actrice pleine de talent que baisait l’un des patrons de la chaîne ou un membre de la communauté israélite… Fabien acceptait le rituel. De toute façon il n’était qu’un employé, et un employé ça obéit, surtout à 11 000 euros net par mois… Le reste du temps, il avait « carte blanche » pour persifler, moquer et tenter de ridiculiser les imprudents qui pensaient être venus faire tranquillement leur promotion sur le plateau du « Grand Soir », l’émission quotidienne phare de la tranche 18h – 20h, fortement prisée des annonceurs. Depuis l’arrivée de Fabien, « l’empêcheur de penser en rond » selon Télé-Weekend , l’émission avait même grignoté son retard d’audience sur son concurrent direct de V8, «Touche pas la télécommande », animé par Frédéric Abdoulah, dont les lancers de merguez dans l’assistance et les concours de flatulences commençaient à lasser un public sollicité par une foultitude d’autres programmes de divertissement de qualité tels que « L’île des salopes » sur NRV14 et « Changer de sexe, pourquoi pas ?» sur ToonTV, la chaîne pour enfants et pré-ados. Quoi qu’il en soit, l’audimat était bon et c’était en partie grâce à lui et à ses séances d’humiliation publique, de dévoration télévisuelle. Ce soir, on lui offrait d’ailleurs un menu de choix : Marion-Maréchal Le Pen et Deborah Lasarthe, la dernière Miss France. Si la cocaïne ne lui avait pas totalement anesthésié la bouche, il aurait déjà senti le goût du sang… Il était d’humeur d’autant plus pugnace qu’il n’avait jamais pu supporter les blondasses et que les deux jeunes femmes l’étaient de façon particulièrement arrogante. Pour tout dire, il n’avait jamais vraiment beaucoup aimé les femmes en général… Trop compliquées, trop geignardes, trop douces, trop lisses, trop maternelles, trop tout… Lui, il préférait une bonne bite dans le cul, de préférence sous poppers dans le sous-sol du Dépôt... C’était ainsi. Cette pensée égrillarde fit d’ailleurs courir un léger frisson le long de sa colonne vertébrale mais il ne fallait pas s’égarer et rester concentré sur ses deux cibles-victimes du jour : la facho et la pintade… Pour la première, le plan était précis et bien ficelé : de fines et subtiles allusions à la seconde guerre mondiale, des sous-entendus quant à une probable fascination pour la grosse queue des noirs masquée sous une xénophobie agressive, des évocations de son récent divorce et des blagues sur son strabisme… Du classique mais de l’efficace. Hilarité complice sur le plateau et applaudissement serviles du public garantis. Pour la seconde, il se bornerait à improviser… C’était si facile de se gausser de ces gourdes extirpées de leurs bleds pourris de province pour être jetées en pâture aux médias parisiens… Quelques mots « compliqués » pour souligner son inculture, deux ou trois questions sur la faim dans la monde ou le conflit israélo-palestinien pour révéler sa niaiserie candide et le tour était joué… Avec un peu de chance, la coconne se mettrait même à chialer.

Fabien se délectait de cette perspective quand Ursula, la stagiaire-plateau, surgit dans la loge pour lui annoncer la prise d’antenne dans 4 minutes. Cette irruption impromptue exaspéra Fabien qui se mit à hurler :

  • « On t’a jamais appris à frapper aux portes, connasse ? Tu te crois où ? Tu crois que je suis qui ? Un de tes potes ? Tu vas faire long feu ici, c’est moi qui te le dis … et ce n’est pas ta bouche de suceuse qui te sauvera, croismoi ! »

Ursula claqua la porte pour échapper à l’explosion d’injures qui pouvait, elle le savait d’expérience, se prolonger durant de longs instants. Fabien de son côté s’apaisa rapidement. Ce petit esclandre l’avait mis en jambes, il était près. L’exécution pouvait commencer.

 

Xavier Eman (in revue Eléments numéro 164)

Voir les commentaires

Guignol's band

22 Mars 2017, 14:13pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Ce qu'il y a de plus fascinant, de plus incroyable, dans le « grand débat » télévisé organisé entre les 5 principaux candidats du premier tour des élections présidentielles, c'est qu'il se trouve encore des gens pour s'y intéresser... Qu'une personne adulte, honorablement intelligente et normalement constituée, puisse encore porter le moindre intérêt et crédit à cette énième sous-comédie de la société du spectacle est tout bonnement du domaine de l'irrationnel. Que les médias commentent, expliquent, mettent en lumière, tentent de faire monter la sauce, cela est bien normal, c'est leur boulot, leur gagne-pain, leur raison d'être de domestiques du système que la palinodie électorale a pour but de prolonger. Mais qu'un inidividu lambda, moyen, ayant de vrais problèmes, un boulot, des amis, peut-être une famille, perde plusieurs heures de son existence à se pencher sur ce faux combat de coquelets, voilà qui dépasse l'entendement. Après plus de 60 ans à être cocufié systématiquement, par des candidats et élus de toutes étiquettes, 60 ans de fausses promesses, de programmes bidons, de démagogie tournant joyeusement au foutage de gueule, de palabres infinis et de vaines péroraisons, l'électeur, mémoire atrophiée et trou du cul bien huilé, continue donc à légitimer la farce et à se pencher sur les blabateries des peignes-cul plein de pognon diligentés par l'oligarchie pour assurer la défense de ses intérêts.

Alors masochisme, crétinisme, sénilité précoce, ennui crasse, dégénérescence cellulaire... qu'est-ce qui peut expliquer un tel phénomène, un tel acharnement dans l'inutile, un tel amour du rôle de dindon ravi, une telle complaisance dans le grotesque ? Car que l'on puisse encore voter par habitude familiale, par désœuvrement, par facétie, par désir de faire chialer les journalistes ou d'emmerder tel ou tel, fort bien, pourquoi pas ... Mais que l'on accorde le moindre crédit, la plus petite bribe de sérieux et d'importance à cette itérative tartufferie, cette perpétuelle tragi-comédie qui n'a jamais rien résolu ni amélioré, bien au contraire, voilà, encore une fois, quelque chose qui tient soit de l'abrutissement profond soit de la pensée magique... Tous pourris, tous pareils, tous nuls, tous corrompus, tous manipulés, tous minables, tous pleutres, tous cyniques et jouisseurs, mais l'on continue tout de même à participer au grand jeu qu'ils organisent à intervalles réguliers, à respecter leurs règles et donc à proroger leur veule domination... Finalement c'est peut-être l'infantilisme qui explique le mieux ce comportant étrange, pathologique et délirant... Les électeurs sont comme les enfants qui assistent pour la 25e fois au même théâtre de Guignol et s'en réjouissent avec la même joie naïve. Les personnages sont toujours les mêmes, le scénario immuable, mais ils rient et applaudissent toujours de bon cœur, heureux d'être conviés à un agréable divertissement. De plus, comme le marionnettiste les interpelle et les prend à partie, ils ont le sentiment de participer à l'action et la conviction de jouer un rôle - en huant le méchant ou en informant le gendarme - dans la conclusion de la scénette pourtant systématiquement identique.

C'est reparti pour un tour les enfants ? Oh oui, oh oui, encore une fois s'il vous plaît !

Voir les commentaires

La chronique de Livr'arbitres

20 Mars 2017, 10:02am

Publié par amoyquechault.over-blog.com

La guerre est noire comme le charbon

Le roman de Cédric Gras a pour décor - et même peut-être pour personnage principal – le Donbass, cette région de l’est de l’Ukraine ravagée par la guerre civile depuis la révolution de Maïdan. Evoquant un sujet d’actualité aussi sensible, et tragique, sur lequel chacun est sommé de prendre une position radicale et définitive (« pro-russes » contre « pro-ukrainiens »), l’un des grands mérites de l’auteur est d’échapper à tout simplisme et à tout manichéisme. D’une plume alerte et subtile, Cédric Gras décrit la complexité d’une déchirure sanglante aux portes de l’Europe, l’implosion d’une nation à l’histoire complexe et douloureuse. Renvoyant dos à dos les extrémistes des deux camps, dénonçant les déchaînements de haine, de violence et de sadisme des uns comme des autres, l’auteur refuse de trancher entre les belligérants, non pas par refus d’engagement mais par accablement devant l’absurdité d’un conflit fratricide dans lequel se noient peu à peu ses personnages embarqués dans un improbable « road-trip » au cœur de cette région minière, héritière malheureuse et nostalgique de l’URSS, vestige vacillant d’une époque révolue.

« C’était un conflit d’épiciers historiens et linguistes, de clergé politisé. Pour des broutilles. Je peinais à déceler de la grandeur de ces infimes batailles de clocher. »

Vladlen et Emile vont ainsi traverser, sous les bombes et les tirs de mitrailleuses, ce territoire jalonné de hauts terrils, ombrageux géants déchus, et de cités ouvrières à l’architecture soviétique, jadis fleuron du développement industriel de l’URSS aujourd’hui au bord du gouffre économique et social. Ainsi les mineurs, autrefois célébrés comme des héros de la révolution communiste, sont désormais des chômeurs anonymes et oubliés, privés de toute perspective d’avenir. Quant aux dernières mines et usines, elles sont exploitées par une oligarchie rapace et corrompue. La population russophone pour sa part se sent trahie et méprisée par Kiev. « L’abondance du capitalisme avait tout détruit, les corps, les cœurs, les âmes. La liberté, c’est la tentation». Dans ce contexte apocalyptique, les deux amis vont tenter de rejoindre les femmes qui les ont délaissés, se rattachant à l’amour, ou à sa vision fantasmée, comme à une ultime planche de salut.

« Et chacun, des jusqu’au-boutistes aux modérés, des pro-européens au nostalgiques de l’URSS, chacun se murmurait pour soi : « La démocratie, ça fout toujours le bordel ! Chez nous, ça ne marche pas ! »

Remarquable roman donc qu’ « Anthracite », plongée sans complaisance dans la noirceur d’une guerre civile dont on peine à discerner l’issue, bien loin des visions romantiques et autres images d’Epinal véhiculées par les diverses propagandes des frères ennemis, récit à la fois drôle et tragique qui tord au passage le cou à quelques idées reçues très répandues dans certains milieux (« Les Russes moulinaient que l’Europe était décadente, mais leurs mœurs à eux n’étaient pas plus glorieuses. »). Une lecture passionnante et salutaire, un roman qui fera date, à conseiller à tous les géostratèges en chambre et autres amateurs de grandes envolées guerrières virtuelles.

 

Xavier Eman (in Présent du samedi 18 mars 2017)

 

 

« Anthracite », de Cédric Gras, Editions Stock, 336 pages, 20 euros.

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 > >>