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A moy que chault!

Les guerriers et les esthètes

28 Février 2021, 12:49pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Né en 1907 dans une famille modeste, Maurice Bardèche obtient, après son certificat d'études, une bourse lui permettant de poursuivre de brillantes études, en hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand tout d’abord, puis à l’Ecole Normale Supérieure. C’est dans cette illustre institution qu’il se noue d’amitié avec Robert Brasillach, dont il deviendra le beau-frère et dont la condamnation à mort puis l’exécution en 1945 le marquera très profondément. Une fois agrégé de Lettres, il enseigne à la Sorbonne et devient un critique reconnu, notamment de l’œuvre de Balzac. Durant la guerre, il se concentre essentiellement sur l’enseignement et ses travaux littéraires. Mais la mort de Brasillach, véritable déchirement, va « forcer » un engagement politique qui n’est pas dans sa nature. Il va alors se consacrer à la défense des « vaincus », au révisionnisme historique et à l’illustration de sa vision du « fascisme ».

C’est durant cette seconde partie de sa vie qu’il écrit - en 1969 - « Sparte et les Sudistes », œuvre à mi-chemin entre le traité philosophique et l’écrit de combat, dans laquelle il présente sa vision du monde, un monde qui parviendrait à faire la jonction et l’amalgame harmonieux entre les valeurs viriles et guerrières de « Sparte » et la sagesse, la bienveillance et l’art de vivre des « Sudistes ».

La première partie du livre est une critique aussi acerbe que radicale de « l’homme dévoyé » qu’est devenu pour Bardèche l’homme moderne. Un homme « diminué », abaissé par le mythe de l’égalitarisme et totalement dominé par le matérialisme et la logique économique. Dans la seconde partie, il oppose à cet être décadent la figure de « l’homme naturel », celui qui, justement, arrive à faire cohabiter en lui-même les qualités de « Sparte » et des « Sudistes », le vitalisme et la virilité altière venant compléter le bonheur de vivre, la politesse et la générosité. Pour atteindre ce stade, pas d’autre chemin pour lui qu’une « troisième voie » entre la démocratie « libérale » et le marxisme qui sont deux matérialismes fonctionnalistes sans beauté ni élévation. Cette troisième voie est, selon Bardèche, celle du « fascisme » dont il dissocie «  l’essence » de ses incarnations historiques, et notamment de ses versions italienne et germanique («Je crois à l’inégalité parmi les hommes, à la malfaisance de certaines formes de la liberté, à l’hypocrisie de la fraternité. Je crois à la force et à la générosité. Je crois à d’autres hiérarchies que celle de l’argent. Je crois le monde pourri par ses idéologies. Je crois que gouverner c’est préserver notre indépendance, puis nous laisser vivre à notre gré.»).

On peut au final considérer cet ouvrage comme un cri de révolte contre l’éradication d’une « certaine manière d’être », d’une certaine « conception de la vie ». Face à ce péril, l’Europe n’a pas besoin de « la résurrection d’une doctrine, ni d’une certaine forme d’Etat, encore moins d’un caporalisme et d’une police, mais du retour à une certaine définition de l’homme et à une certaine hiérarchie ». Dans cette définition de l’homme, Bardèche intègre « le sentiment de l’honneur, le courage, l’énergie, la loyauté, le respect de la parole donnée, le civisme ». Et la hiérarchie qu’il appelle de ses voeux est celle « qui place ces qualités au-dessus de tous les avantages donnés par la naissance, la fortune, les alliances, et qui choisit l’élite en considération de ces seules quotités ». Une aspiration encore aujourd’hui de la plus grande acuité.

Xavier Eman, in « La bibliothèque du jeune européen, 200 essais pour apprendre à penser », Edtions du Rocher.

 

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Fons Perennis

26 Février 2021, 15:12pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

J’apprends avec beaucoup de tristesse, et non sans colère, que la police italienne a pris le contrôle et placé sous saisie l’occupation de Macarese tenue depuis de nombreuses années par la communauté Fons Perennis qui m’y avait reçu – parmi nombre d’autres camarades européens  - à plusieurs reprises avec toute la gentillesse et la souriante bienveillance qui caractérisent ses membres. Ce bâtiment, laissé totalement à l’abandon par les pouvoirs publics démissionnaires, avait patiemment été reconstruit et restauré grâce au travail acharné de la communauté pour devenir peu à peu un lieu accueillant, un lieu vivant, un lieu de culture et de solidarité concrète. On y élevait des poules, on y faisait du vin, on y organisait des formations, des conférences et des concerts…  Pour le système c’était insupportable, il fallait punir un tel crime, mettre un terme à une pareille provocation ! Mieux vaut un tas de ruines mangé par les ronces  et les mauvaises herbes qu’une communauté non conforme, patriote  et solaire… L’Etat contre le peuple. Une fois encore.

Je ne doute pas que cette injustice et cette épreuve, qu’ils sauront surmonter, rendront encore  plus forts et soudés les membres de cette communauté si méritante. Je leur adresse mes plus sincères, amicales et solidaires pensées. En attendant, je l’espère, de pouvoir les aider plus concrètement.

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Demain, tous violeurs?

19 Février 2021, 15:53pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

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Du soldat à l'anarque...

1 Février 2021, 18:08pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Intellectuel majeur de la « révolution conservatrice », figure tutélaire de la « Nouvelle Droite », Ernst Jünger est peut-être plus souvent cité qu'il n'est véritablement lu. C'est malheureusement souvent le sort des auteurs devenus d'intouchables « icônes », tant pour leur œuvre que pour leur existence, que l'on n'ose à peine approcher et que l'on réduit à quelques brillants aphorismes. Pour remédier à cet état de faits, Alain de Benoist nous offre une remarquable porte d'entrée dans la pensée et la création de l'auteur allemand grâce à son dernier ouvrage « Ernst Jünger, entre les dieux et les titans ».

Avec le brillant sens de la synthèse qu'on lui connaît, Alain de Benoist nous propose un panorama aussi complet qu'accessible à une pensée complexe, évolutive, polymorphe et ambitieuse qui s'articule autour de quatre figures principales : le soldat, le travailleur, le rebelle et l'anarque.

Si Ernst Jünger est indéniablement l'un des penseurs majeurs du XXe siècle, il est difficilement « classable », « catégorisable », c'est une figure atypique, « à part », qui n'a jamais voulu enchaîner sa réflexion à la rigidité d'une quelconque idéologie, remettant sans cesse en question ses propres convictions, éprouvant ses certitudes par de nouvelles analyses. On fera ici aisément le parallèle avec l'auteur de l'ouvrage, lui aussi allergique aux « étiquettes » et aux oeillières partisanes et cherchant à dépasser les clivages désuets ou artificiels, notamment celui, vidé de sens par les nouvelles problématiques contemporaines, de la « droite » et de la « gauche « .

Anti-individualiste, anti-bourgeoise, la pensée d'Ernst Jünger va évoluer de la mystique guerrière et d'une croyance prométhéenne en la « technique » à l'aspiration à un monde affranchi de l'argent et du matérialisme, libérant un écosystème réenchanté. « Quand le monde nous semble vaciller sur ses bases, un regard jeté sur une fleur peut rétablir l'ordre » affirmait-il en 1948 dans « La cabane dans la vigne ».

Alain de Benoist nous accompagne donc sur ce parcours intellectuel pas toujours facile à suivre mais sans cesse stimulant, comme peut l'être une randonnée en montagne où l'on chemine tantôt sur la ligne de crête, tantôt près du précipice et où seuls des passages ardus donnent accès aux paysages les plus somptueux.

A l'analyse philosophique de l'oeuvre, rigoureuse et exigeante, s'ajoute d'innombrables éléments biographiques qui facilitent et agrémentent la lecture de cet ouvrage érudit.

Xavier Eman, in Présent du 30 janvier 2021

Alain de Benoist, « Ernst Jünger, entre les dieux et les titans », Editions Via Romana, 201 p., 20 euros.

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