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A moy que chault!

Un roman immense et rouge

9 Novembre 2014, 01:47am

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Dans son dernier roman traduit en Français, Alberto Garlini nous entraîne dans les tumultes et les chaos des « années de plomb » qui déchirèrent l'Italie dans les années 70. Si cette période trouble et sanglante a déjà suscité beaucoup de littérature de l'autre côté des alpes, l'originalité de Garlini est de choisir d'adopter le point de vue des habituels « méchants », ces jeunes fascistes exaltés et violents qui rêvaient de révolution nationale et basculèrent dans la lutte armée.

En narrant la destinée tragique du jeune Stefano, qui à la suite d'un meurtre involontaire au cours d'une bagarre estudiantine s'enfonce dans la violence terroriste, l'auteur échappe au manichéisme et au simplisme qui prévaut généralement lorsqu'est évoquée cette période de l'histoire italienne. Alberto Garlini narre avec finesse et brio les passions qui animaient les jeunes gens de cette époque, leurs aspirations, leurs rêves, leur courage mais aussi leurs failles, leurs fêlures, leurs affres psychologiques et l'enchevêtrement complexe de pensées et d'événements qui a mené certains d'entre eux de l'idéalisme politique aux assassinats et aux attentats. Mettant en exergue les envolées lumineuses mais aussi les parts d'ombre de cette jeunesse engagée, sans jamais la juger, Garlini offre une fresque puissante, subtile et ambitieuse, violente et tragique, qui ne peut que bousculer le lecteur.

« Nous avions une mission, l'honneur de l'Italie, c'était un bien qu'on ne pouvait mettre en discussion et d'on devait célébrer par le sang. En cas de guerre, la victoire vient de la supériorité matérielle, armes, réserves, ravitaillement. Le vrai courage est dans la défaite. Résister sous uen tempête d'acier, comme des ascètes. Rendre coup pour coup, jusqu'à la dernière fibre de son être. C'était notre conviction. Mourir pour l'Italie. Mourir d'une belle mort. »

L'auteur montre également la façon dont la police et les divers « services » ont infiltré et manipulé ces « soldats perdus », les utilisant à des fins politiques bien éloignées de leurs ambitions de révolution nationale et sociale et de mise à bas de l'ordre bourgeois. Une leçon toujours à retenir par tous les militants du monde.

«Que savent-ils de nos rêves, des fantasmes qui nous réveillent la nuit et ne nous laissent pas en paix? Nous pensons qu’il existe un monde meilleur. Peut-être sommes-nous les seuls à le penser, mais qu’importe… »

Xavier Eman (in Livr'arbitres numéro 15, www.livr-arbitres.com)

« Les noirs et les rouges », Alberto Garlini, Editions Gallimard, 675 p., 27,50 euros.

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Ecrire

9 Novembre 2014, 00:40am

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Il aurait bien voulu dire des choses subtiles et profondes dans une langue délicate et raffinée. Mais l'époque ne s'y prêtait pas. Le temps exigeait les éruptions, les hurlements, les vociférations, les exagérations, les cruautés, les emphases et les outrances. Dans un monde dans le coma, en état de mort cérébrale et bientôt physique, on ne fait pas de la poésie parnassienne. Certains disaient évidemment l'inverse, qu'il fallait tout au contraire entretenir la préciosité et l'afféterie dans les catacombes du bon goût, être le dernier carré des esthètes au milieu des ruines, continuer, tels des coqs les deux pattes dans le fumier, à lancer de doux chants vers le ciel. Ceux-là, il les entendait, mais il ne les comprenait pas, ne les comprenait plus. Le néo-gongorisme planant à mille lieues au dessus de la plèbe méprisée ne l'intéressait pas. Il avait toujours conçu la littérature comme une lutte plus que comme un exercice de style, davantage comme le foyer incandescent où se mêlent histoire, politique, psychologie et philosophie et d'où naissent passions, révoltes et révolutions que comme la marmite où macèrent les élégances, les techniques et les affectations et d'où ne s'échappent jamais que les fumets adipeux de l'apparat et de l'egotisme.

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L'âge du grand n'importe quoi

8 Novembre 2014, 23:53pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

J'ai parfois la grande inquiétude qu'il n'existe désormais plus d'autre alternative que celle opposant d'un côté les conformistes, les ennuyeux et les insipides, et de l'autre les cinglés pathologiques.

Notre société soumet, formate ou elle rend fou. Le système a réussi l'exploit – marquant peut-être là son triomphe absolu - de transformer ses contestations et ses oppositions en antichambre de Sainte Anne. Jadis, les totalitarismes plaçaient en hôpital psychiatrique des dissidents sains de corps et d'esprit. Aujourd'hui, ils préfèrent laisser en liberté des péroreurs mythomanes, des agitateurs sociopathes, des insoumis schizophrènes, des conspirateurs autistes, des bâteleurs bipolaires et des histrions mégalomanes. Méthode beaucoup plus efficace, il est vrai. La marge n'est plus la radicalité, elle est la confusion et le délire. Un zoo, un cirque peuplé de clowns rigolards et de clowns tristes, parfois sympathiques, parfois même brillants, mais toujours inoffensifs, à part pour eux-même et leurs proches.

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Réalisme surréaliste

8 Novembre 2014, 20:24pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

"La bourgeoisie n'a d'autre valeur que de les trahir toutes."

Salvador Dali

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Au gré du miroir...

8 Novembre 2014, 17:14pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Dans notre post-modernité occidentale toute entière vouée au culte de l'ego des millions de petits dieux qui la composent, la férocité et la cruauté des jugements portés sur autrui n'ont d'égal que leur superficialité, leur totale volatilité et leur caractère profondément changeant. Tel « connard manipulateur » deviendra quinze jours après un « mec intéressant et profond », telle « salope hystérique » sera quant à elle aussi rapidement renommée « personnalité atypique et très attachante », tandis que tel autre « guignol présomptueux » se transformera en « artiste ambitieux » en moins d'un mois... et inversement bien sûr. La raison de cet état de fait, de ce relativisme permanent, est que les jugements contemporains ne sont plus basés sur des éléments objectifs, des principes et éléments concrets et intangibles (fidélité, honnêteté, courage, générosité, gentillesse, talent. culture..etc) mais sur une « cote » fluctuante et mouvante – un peu comme pour l'art contemporain - dont les principaux référents sont l'attention et l'appétence que me porte la personne jaugée. S'il perçoit mes qualités, je lui en trouverais en retour, car il est bien entendu impossible que je sois apprécié par un médiocre, une pute ou un salaud. Si par contre, il est insensible à mon aura, mon intelligence et le large panel de mes mérites, il s'agit clairement d'un crétin irrécupérable et jaloux. Charge à lui d'ajuster sa vision, j'ajusterais alors la mienne.

Ainsi, quiconque ne « m'aime pas », ne « m'admire ou ne m'apprécie pas», ne « me flatte pas et ne me met pas en valeur » ne peut être grosse modo qu'une merde insignifiante. De même, quelqu'un qui s'éloigne de moi est quelqu'un qui perd parce fait tous les intérêts et les qualités qu'il avait à ma proximité.

C'est pourquoi il ne faut plus s'étonner de croiser bras dessus, bras dessous des gens qui se vomissaient dessus la veille, ni s'offusquer d'entendre la même personne vous dresser le portrait abject, minable et horrifique de celui ou de celle qu'elle vous présentait hier comme débordant de vertus et de mérites. C'est simplement l'un des nombreux aspects de cet émétique théâtre d'ombres que sont désormais devenues les relations humaines et sociales.

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Droite des valeurs

7 Novembre 2014, 12:53pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Chez les Montfaquins, on est de droite de génération en génération. Et c'est pas près de changer. Cela fait partie de l'héritage, avec l'argenterie, les portefeuilles d'actions et le portrait de l'ancêtre général d'Empire. On appelle cela la « tradition familiale ». Comme se plaît à le dire régulièrement mon père : « Chez les Montfaquins, il y a déjà eu des pédés, mais il n'y a jamais eu de gauchistes ! ». Le terme « gauchiste » étant à prendre dans une acceptation assez large, couvrant un spectre allant du Front de Gauche de Mélenchon au Modem de François Bayrou en passant par le Front National de Marine Le Pen et «sa dérive économique collectiviste ! ». « Tout ça pour complaire à son électorat de parasites et de consanguins du Nord Pas de Calais ! » explique maman qui est assez calée en politique depuis qu'on lui a offert pour sa fête un abonnement à « Valeurs boursières éternelles », un magazine courageux qui dit tout haut ce que les assujettis à l'ISF pensent tout bas. Grâce à cet abonnement béni, la famille peut enfin échapper à la propagande socialo-communiste des autres médias. On respire mieux. Au niveau de la presse, papa reçoit également le « Wall Street Journal » mais ça, c'est plus mystérieux car il n'a jamais vraiment bien maîtrisé la langue de Bill Gates... En tout cas, le journal trône toujours, par petits tas de 4 ou 5 numéros, sur la table basse du salon. Mais je n'ai jamais vu papa le lire. Si un jour il me fiche moins la trouille, je lui poserai peut-être la question...

Ma sœur, Emeline, elle est pas pédé mais on a eu peur un jour qu'elle vire gauchiste. Tout ça à cause du piano. Comme elle se débrouillait plutôt bien avec cet instrument de malheur - ayant même gagné le premier prix à un concours du Rotary - un soir, elle a crut bon de déclarer à table qu'elle voulait « faire carrière dans la musique ». Putain, je crois que je me souviendrais toute ma vie du visage de mon père à cet instant là : mâchoire serrée, œil noir furibond et petite veine de la tempe qui se met à gonfler. Il n'y a guère que le soir de l'élection de François Hollande que je l'ai vu faire une gueule pareille. De son côté, ma mère semblait être entrée dans une sorte de transe hallucinée. Les yeux quasiment exorbités, elle répétait inlassablement « Une saltimbanque, mon dieu...une saltimbanque... ». Depuis, le piano est remisé à la cave et Emeline prend des cours de soutien en maths.

Moi, je ne suis pas pédé non plus. Ca je le sais car l'été dernier, pendant les vacances dans le Lubéron, ma cousine Anne-Sophie m'a branlé le kiki derrière les anciennes écuries et j'ai trouvé ça bien agréable. Je ne suis pas davantage gauchiste car je n'ai nullement envie de finir sous les ponts à mendier ma pitance tout en cherchant à « détruire l'ordre ancestral qui a fait la grandeur de la France ».

A la maison, il y a aussi Mélissa, la bonne mauricienne, « Ma petite Bécassine des îles » comme l'appelle maman, ce qui fait bien rigoler ses amies lorsqu'elles viennent prendre le thé. Pour ma part, étant donné tout le mal que j'entends quotidiennement sur « les noirs et les arabes », je ne comprends pas bien qu'on en ait fait rentrer une dans le domicile familial, mais sinon je l'aime bien, Mélissa, et pas seulement parce qu'elle a des seins énormes qui menacent à tout instant de jaillir de ses corsages trop étroits. Mélissa accomplit toutes les tâches ménagères avec un grand sourire jovial et même en chantant quand elle se pense toute seule. « Ces gens-là ont une joie de vivre tout à fait rafraîchissante » comme dit maman. Ses missions sont nombreuses et d'importance, comme celle consistant à casser au marteau, avant de les mettre aux ordures, tout le matériel hifi ou ménager que nous remplaçons par du plus high-tech mais qui fonctionne encore. Parce qu'il n'y a pas de raison que des gens puissent éventuellement les utiliser sans les avoir payés. Je trouve cela un peu étrange, mais je ne dis rien. D'ailleurs, en règle générale, je ne dis pas grand chose. Comme ça, on me fout la paix. Je n'ai pas envie de finir chez le pédo-psychiatre comme mon cousin Enguerrand après qu'il a déclaré qu'il « préférait crever » plutôt que reprendre l'entreprise paternelle. Moi je ferme ma gueule et j'évite de trop penser. Deux cent euros d'argent de poche par semaine, ça justifie aussi quelques concessions. Et puis il y a les livres, qu'on me laisse librement puiser dans la bibliothèque et que je dévore dans ma chambre. Pas envie qu'ils finissent eux-aussi à la cave. Alors je déborde d'enthousiasme à chaque fois que mon père évoque ma future entrée à l'Essec et je planque précautionneusement les poèmes que j'écris. Parce qu'ils ne sont pas très bons non plus, il faut bien l'avouer.

Sinon, tous les dimanches, nous nous rendons en famille à la messe. On s'habille bien, on prend le 4x4 et on arrive toujours vingt minutes à l'avance pour avoir des bonnes places et éviter les mendiants qui importunent les paroissiens à l'entrée. Parfois ils sont là aussi à la sortie mais généralement moins nombreux car ils se sont battus entre eux pour savoir qui pouvait rester. Souvent, sur le chemin du retour, papa nous commente le sermon ou les Evangiles, « parce qu'il faut mettre les choses en perspectives » et « ne pas tout prendre au pied de la lettre », notamment les trucs sur le fait qu'on ne pourrait pas servir à la fois Dieu et l'Argent ou qu'un riche aura plus de mal à entrer au royaume des cieux qu'un chameau à passer par le chat d'une aiguille. « C'était une autre époque, il faut faire le tri » conclut-il généralement

Mes parents aiment beaucoup l'Eglise. Pour ce qui concerne Jésus, je suis moins sûr.

Xavier Eman (in revue Eléments, numéro 153 )

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Banlieue

7 Novembre 2014, 00:56am

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Les mains enfoncées dans les poches de son pardessus, François remontait la rue de l'Avenir. Il fallait quand même être un sacré enculé pour avoir donné un tel nom à cette ruelle sinistre, insuffisamment éclairée et bordée de blocs de bureaux dont à peine la moitié avaient trouvé preneurs. Les crevards de banlieusards, ce n »est pas tout de leur construire des quartiers de merde, des bâtiments neufs déjà vieux et hideux à force d'être « fonctionnels », il faut encore se foutre de leur gueule, bien les humilier. « Rue de l'Avenir » pour cette sentine charriant deux fois par jour des troupeaux d'esclaves se déplaçant d'un clapier d'habitation à un cagibi de travail, fallait quand même oser ! Il avait dû bien se marrer le sadique qui avait pondu une telle idée.

En dehors des deux migrations quotidiennes, celles de 8h et celle de 18h, la rue était déserte, à peine agrémentée de quelques crottes de chien et constamment balayée par un vent agressif charriant la poussière du chantier du tramway. L'arrivée prochaine du tramway, c'était la grande affaire du moment. Cela allait permettre de désenclaver la cité et de « faire bouger la ville ». En attendant cela produisait surtout des embouteillages infernaux et des concerts de klaxons rageurs qui ressemblaient à des appels au génocide, mais il faut bien souffrir un peu pour être « désenclavés ».

Le froid commençait à prendre ses quartiers et François remonta son col après s'être allumé une cigarette. Il n'avait pas très envie de rentrer mais il n'y avait pas grand chose à faire dans ce grand rien où même les clochards ne venaient pas, de peur de mourir d'angoisse et d'ennui. Ses pas résonnaient dans la nuit et il aurait pu se croire le dernier homme sur terre s'il n'y avait pas eu, un peu plus loin, deux zombies encapuchonnés qui fumaient leur joint sous un abri bus.

Mal rasé, portant les mêmes habits que la veille, le crâne martelé par la migraine, François venait d'un lit qui n'était pas le sien et qui ne lui avait apporté aucune des réponses et des solutions qu'il en avait sottement attendu. Rien n'était dissipé, rien n'était allégé, au contraire même, il ressentait la lourde et poisseuse tristesse qui suit presque immanquablement le soulagement bestial des instincts, quand celui est à la fois un début et une fin. Une peau étrangère qui le resterait, des draps encore chargés de l'odeur d'un autre, une étreinte alcoolisée, presque haineuse, puis le silence, la gêne, l'ennui... Une poignée de mots maladroits et mensongers, puis la rue.

Le chemin semblait interminable, et c'était tant mieux. Marcher, se fatiguer encore un peu. Quelques fenêtres illuminées suggéraient qu'il y avait tout de même une vie dans ce no man's land grisâtre. Des vies même, de belles vies pourquoi pas. Certains cœurs doivent avoir la puissance suffisante pour s'extraire de tous les environnements et les repeindre aux couleurs de leurs espérances et de leurs passions. François lui, manquait de sang. Il en avait trop perdu, égaré dans le cimetière des illusions perdues.

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Cathos

5 Novembre 2014, 00:51am

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  • « T'es catholique ? »

  • « Heu.. oui... »

  • « De tradition ? »

  • « C'est à dire ? »

  • « Ben t'es tradi ou pas ? »

  • « Disons que j'essaye d'être catholique tout court et je trouve déjà cela assez difficile... »

  • « Non mais tu vais où à la messe ? »

  • « Ben à Châtillon, à côté de chez moi... »

  • « Ha non mais là c'est pas la vraie messe... »

  • « Ha... »

  • « Ben ouais, c'est pas pêchu ni rien, c'est des progressistes de merde... »

  • « Il est vrai que c'est assez moyennement pêchu. »

  • « Nous c'est super catholique, carrément rien à voir... »

  • « Super catholique... »

  • « Ha ouais, y'a tout, vraiment, d'ailleurs même Matzneff vient chez nous tellement ça a de la gueule... »

  • « Ca doit être quelque chose... »

  • « Pis y'a presque que des fafs... »

  • « C'est rassurant... »

  • « Carrément. »

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Monoforme

4 Novembre 2014, 22:18pm

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Jean Batailleur

4 Novembre 2014, 02:11am

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