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A moy que chault!

RDV

27 Mars 2017, 21:41pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

RDV

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Bouffon

24 Mars 2017, 13:13pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Chronique d'une fin du monde sans importance

Fabien, les pupilles dilatées, se redressa doucement pour s’appuyer à nouveau sur le large dossier en cuir du fauteuil club placé au centre de la loge. La petite ligne de poudre blanche avait totalement disparu de la table basse en face de lui. Il respirait maintenant un peu plus rapidement que d’ordinaire et ressentait des picotements dans les gencives mais il se sentait bien. Si bien. Il aimait ces instants. Il avait besoin de ce rituel immuable avant chaque prise d’antenne, chaque entrée sur le plateau. Le calme avant la tempête, la plénitude avant l’irruption dans l’arène... Fabien se sentait alors presque heureux. Il savourait sa réussite et le bonheur de travailler sur une chaîne branchée, punchy et transgressive comme Canal 4.

En à peine quelques mois, il était devenu le « sniper » numéro 1 de la chaîne, le chroniqueur caustique et impertinent qui « flingue » si brillamment les invités que c’est lui, finalement, qui est la véritable star de l’émission… Enfin, c’était le cas pour certains invités… Parfois, on lui demandait au contraire de « lever un peu le pied », de se mettre en retrait ou même de faire sa chronique sur un sujet plus général, sans lien direct avec la personnalité accueillie ce jour-là. Cela ne le dérangeait pas, d’autant que ce n’était pas si fréquent, 3 ou 4 fois dans le mois, à peine plus, lorsque l’on recevait un des actionnaires de la multinationale qui payait les salaires, une jeune actrice pleine de talent que baisait l’un des patrons de la chaîne ou un membre de la communauté israélite… Fabien acceptait le rituel. De toute façon il n’était qu’un employé, et un employé ça obéit, surtout à 11 000 euros net par mois… Le reste du temps, il avait « carte blanche » pour persifler, moquer et tenter de ridiculiser les imprudents qui pensaient être venus faire tranquillement leur promotion sur le plateau du « Grand Soir », l’émission quotidienne phare de la tranche 18h – 20h, fortement prisée des annonceurs. Depuis l’arrivée de Fabien, « l’empêcheur de penser en rond » selon Télé-Weekend , l’émission avait même grignoté son retard d’audience sur son concurrent direct de V8, «Touche pas la télécommande », animé par Frédéric Abdoulah, dont les lancers de merguez dans l’assistance et les concours de flatulences commençaient à lasser un public sollicité par une foultitude d’autres programmes de divertissement de qualité tels que « L’île des salopes » sur NRV14 et « Changer de sexe, pourquoi pas ?» sur ToonTV, la chaîne pour enfants et pré-ados. Quoi qu’il en soit, l’audimat était bon et c’était en partie grâce à lui et à ses séances d’humiliation publique, de dévoration télévisuelle. Ce soir, on lui offrait d’ailleurs un menu de choix : Marion-Maréchal Le Pen et Deborah Lasarthe, la dernière Miss France. Si la cocaïne ne lui avait pas totalement anesthésié la bouche, il aurait déjà senti le goût du sang… Il était d’humeur d’autant plus pugnace qu’il n’avait jamais pu supporter les blondasses et que les deux jeunes femmes l’étaient de façon particulièrement arrogante. Pour tout dire, il n’avait jamais vraiment beaucoup aimé les femmes en général… Trop compliquées, trop geignardes, trop douces, trop lisses, trop maternelles, trop tout… Lui, il préférait une bonne bite dans le cul, de préférence sous poppers dans le sous-sol du Dépôt... C’était ainsi. Cette pensée égrillarde fit d’ailleurs courir un léger frisson le long de sa colonne vertébrale mais il ne fallait pas s’égarer et rester concentré sur ses deux cibles-victimes du jour : la facho et la pintade… Pour la première, le plan était précis et bien ficelé : de fines et subtiles allusions à la seconde guerre mondiale, des sous-entendus quant à une probable fascination pour la grosse queue des noirs masquée sous une xénophobie agressive, des évocations de son récent divorce et des blagues sur son strabisme… Du classique mais de l’efficace. Hilarité complice sur le plateau et applaudissement serviles du public garantis. Pour la seconde, il se bornerait à improviser… C’était si facile de se gausser de ces gourdes extirpées de leurs bleds pourris de province pour être jetées en pâture aux médias parisiens… Quelques mots « compliqués » pour souligner son inculture, deux ou trois questions sur la faim dans la monde ou le conflit israélo-palestinien pour révéler sa niaiserie candide et le tour était joué… Avec un peu de chance, la coconne se mettrait même à chialer.

Fabien se délectait de cette perspective quand Ursula, la stagiaire-plateau, surgit dans la loge pour lui annoncer la prise d’antenne dans 4 minutes. Cette irruption impromptue exaspéra Fabien qui se mit à hurler :

  • « On t’a jamais appris à frapper aux portes, connasse ? Tu te crois où ? Tu crois que je suis qui ? Un de tes potes ? Tu vas faire long feu ici, c’est moi qui te le dis … et ce n’est pas ta bouche de suceuse qui te sauvera, croismoi ! »

Ursula claqua la porte pour échapper à l’explosion d’injures qui pouvait, elle le savait d’expérience, se prolonger durant de longs instants. Fabien de son côté s’apaisa rapidement. Ce petit esclandre l’avait mis en jambes, il était près. L’exécution pouvait commencer.

 

Xavier Eman (in revue Eléments numéro 164)

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Guignol's band

22 Mars 2017, 14:13pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Ce qu'il y a de plus fascinant, de plus incroyable, dans le « grand débat » télévisé organisé entre les 5 principaux candidats du premier tour des élections présidentielles, c'est qu'il se trouve encore des gens pour s'y intéresser... Qu'une personne adulte, honorablement intelligente et normalement constituée, puisse encore porter le moindre intérêt et crédit à cette énième sous-comédie de la société du spectacle est tout bonnement du domaine de l'irrationnel. Que les médias commentent, expliquent, mettent en lumière, tentent de faire monter la sauce, cela est bien normal, c'est leur boulot, leur gagne-pain, leur raison d'être de domestiques du système que la palinodie électorale a pour but de prolonger. Mais qu'un inidividu lambda, moyen, ayant de vrais problèmes, un boulot, des amis, peut-être une famille, perde plusieurs heures de son existence à se pencher sur ce faux combat de coquelets, voilà qui dépasse l'entendement. Après plus de 60 ans à être cocufié systématiquement, par des candidats et élus de toutes étiquettes, 60 ans de fausses promesses, de programmes bidons, de démagogie tournant joyeusement au foutage de gueule, de palabres infinis et de vaines péroraisons, l'électeur, mémoire atrophiée et trou du cul bien huilé, continue donc à légitimer la farce et à se pencher sur les blabateries des peignes-cul plein de pognon diligentés par l'oligarchie pour assurer la défense de ses intérêts.

Alors masochisme, crétinisme, sénilité précoce, ennui crasse, dégénérescence cellulaire... qu'est-ce qui peut expliquer un tel phénomène, un tel acharnement dans l'inutile, un tel amour du rôle de dindon ravi, une telle complaisance dans le grotesque ? Car que l'on puisse encore voter par habitude familiale, par désœuvrement, par facétie, par désir de faire chialer les journalistes ou d'emmerder tel ou tel, fort bien, pourquoi pas ... Mais que l'on accorde le moindre crédit, la plus petite bribe de sérieux et d'importance à cette itérative tartufferie, cette perpétuelle tragi-comédie qui n'a jamais rien résolu ni amélioré, bien au contraire, voilà, encore une fois, quelque chose qui tient soit de l'abrutissement profond soit de la pensée magique... Tous pourris, tous pareils, tous nuls, tous corrompus, tous manipulés, tous minables, tous pleutres, tous cyniques et jouisseurs, mais l'on continue tout de même à participer au grand jeu qu'ils organisent à intervalles réguliers, à respecter leurs règles et donc à proroger leur veule domination... Finalement c'est peut-être l'infantilisme qui explique le mieux ce comportant étrange, pathologique et délirant... Les électeurs sont comme les enfants qui assistent pour la 25e fois au même théâtre de Guignol et s'en réjouissent avec la même joie naïve. Les personnages sont toujours les mêmes, le scénario immuable, mais ils rient et applaudissent toujours de bon cœur, heureux d'être conviés à un agréable divertissement. De plus, comme le marionnettiste les interpelle et les prend à partie, ils ont le sentiment de participer à l'action et la conviction de jouer un rôle - en huant le méchant ou en informant le gendarme - dans la conclusion de la scénette pourtant systématiquement identique.

C'est reparti pour un tour les enfants ? Oh oui, oh oui, encore une fois s'il vous plaît !

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La chronique de Livr'arbitres

20 Mars 2017, 10:02am

Publié par amoyquechault.over-blog.com

La guerre est noire comme le charbon

Le roman de Cédric Gras a pour décor - et même peut-être pour personnage principal – le Donbass, cette région de l’est de l’Ukraine ravagée par la guerre civile depuis la révolution de Maïdan. Evoquant un sujet d’actualité aussi sensible, et tragique, sur lequel chacun est sommé de prendre une position radicale et définitive (« pro-russes » contre « pro-ukrainiens »), l’un des grands mérites de l’auteur est d’échapper à tout simplisme et à tout manichéisme. D’une plume alerte et subtile, Cédric Gras décrit la complexité d’une déchirure sanglante aux portes de l’Europe, l’implosion d’une nation à l’histoire complexe et douloureuse. Renvoyant dos à dos les extrémistes des deux camps, dénonçant les déchaînements de haine, de violence et de sadisme des uns comme des autres, l’auteur refuse de trancher entre les belligérants, non pas par refus d’engagement mais par accablement devant l’absurdité d’un conflit fratricide dans lequel se noient peu à peu ses personnages embarqués dans un improbable « road-trip » au cœur de cette région minière, héritière malheureuse et nostalgique de l’URSS, vestige vacillant d’une époque révolue.

« C’était un conflit d’épiciers historiens et linguistes, de clergé politisé. Pour des broutilles. Je peinais à déceler de la grandeur de ces infimes batailles de clocher. »

Vladlen et Emile vont ainsi traverser, sous les bombes et les tirs de mitrailleuses, ce territoire jalonné de hauts terrils, ombrageux géants déchus, et de cités ouvrières à l’architecture soviétique, jadis fleuron du développement industriel de l’URSS aujourd’hui au bord du gouffre économique et social. Ainsi les mineurs, autrefois célébrés comme des héros de la révolution communiste, sont désormais des chômeurs anonymes et oubliés, privés de toute perspective d’avenir. Quant aux dernières mines et usines, elles sont exploitées par une oligarchie rapace et corrompue. La population russophone pour sa part se sent trahie et méprisée par Kiev. « L’abondance du capitalisme avait tout détruit, les corps, les cœurs, les âmes. La liberté, c’est la tentation». Dans ce contexte apocalyptique, les deux amis vont tenter de rejoindre les femmes qui les ont délaissés, se rattachant à l’amour, ou à sa vision fantasmée, comme à une ultime planche de salut.

« Et chacun, des jusqu’au-boutistes aux modérés, des pro-européens au nostalgiques de l’URSS, chacun se murmurait pour soi : « La démocratie, ça fout toujours le bordel ! Chez nous, ça ne marche pas ! »

Remarquable roman donc qu’ « Anthracite », plongée sans complaisance dans la noirceur d’une guerre civile dont on peine à discerner l’issue, bien loin des visions romantiques et autres images d’Epinal véhiculées par les diverses propagandes des frères ennemis, récit à la fois drôle et tragique qui tord au passage le cou à quelques idées reçues très répandues dans certains milieux (« Les Russes moulinaient que l’Europe était décadente, mais leurs mœurs à eux n’étaient pas plus glorieuses. »). Une lecture passionnante et salutaire, un roman qui fera date, à conseiller à tous les géostratèges en chambre et autres amateurs de grandes envolées guerrières virtuelles.

 

Xavier Eman (in Présent du samedi 18 mars 2017)

 

 

« Anthracite », de Cédric Gras, Editions Stock, 336 pages, 20 euros.

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Disponible!

5 Mars 2017, 15:23pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

100 pages de littérature.

100 pages de littérature.

Livr'arbitres

chez Patrick Wagner

36 bis, rue Balard

75015 Paris

 

 

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2 Mars 2017, 14:29pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

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