Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
A moy que chault!

Souvenirs d'enfance

21 Mars 2020, 22:44pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Je ne sais pas si j'ai beaucoup de souvenirs d'enfance... Pas mal de reconstructions, de récits extérieurs intégrés comme des images vécues, d'effacements, d'inventions, de distorsions... C'est le charme béni de la mémoire, elle sélectionne, elle trie, elle enjolive, elle refoule, bref elle « discrimine », ce mot maudit et pourtant si vital. Ce mot qui permet de se construire un petit panthéon d'enfance, qui n'a peut-être pas grand chose à voir avec la réalité mais qui constitue une fragile réserve de nostalgie et de bonheur dans laquelle on peut puiser – avec précaution – face aux difficultés et aux blessures du quotidien. C'est d'ailleurs pourquoi je n'ai jamais compris ces masochistes acharnés à faire ressurgir du passé – à grands coups « d'analyses » et de « psys » aussi névrosés que hors de prix - les ombres menaçantes, les salissures et les humiliations que la mémoire avait sagement enfoui dans les tréfonds de notre cerveau. Il n'y a pas de possibilité de bonheur, d'existence vigoureuse et libre sans capacité d'oubli. C'est ce que nous dit Nietzsche dans son aphorisme systématiquement cité et utilisé à contre-sens : « L'homme de l'avenir est celui qui aura la plus longue mémoire ». Mais « l'homme de l'avenir », c'est ici le « dernier homme », « l'homme du ressentiment » à qui appartient l'avenir immédiat (la modernité), l'homme tellement entravé par le poids d'une mémoire hypertrophiée qu'il ne peut plus accueillir la véritable nouveauté ni saisir le présent. Savoir d'où l'on vient, être riche d'un héritage, ce n'est pas tout conserver, se souvenir de tout, mais intégrer l'essentiel, choisir le meilleur. Ainsi l'enfance - sauf drame ou tragédie particulièrement grave et sordide – doit rester une image d'Epinal, un concentré d'idéal, un pieu et joyeux demi-mensonge...

Souvenons-nous donc des rires et des jeux, des balades en forêts, des matchs de basket ou de football, des gâteaux de la grand-mère qui en faisait ou n'en faisait pas, des médailles du grand-père qui en a eu ou pas, des petites filles toujours blondes et jolies, des feux de camps scouts qu'on a embrasé ou simplement contemplé dans les pages d'un « Prince Eric », des baisers volés ou rêvés, du rire des copains, des bagarres de cours de récré, des grandes guerres menées contre les fourmis, des barques branlantes sur des ruisseaux presque asséchés, des promesses et des serments sous la voûte étoilée...

Oublions les sanglots sous les draps, les cris des parents, les punitions, les coups injustement reçus, les mauvaises notes, la cruauté du groupe dont on était exclu, le dédain d'Aurélie en classe de CM1, la gêne se son corps, les petites trahisons alors immenses à l'aune de nos vies, la découverte de la laideur, les premières désillusions et les premières souffrances...

Nous avons tous eu de belles enfances puisqu'elles ont fait de nous ce que nous sommes, des hommes fiers et heureux malgré tout, amoureux de leur terre et de leur communauté, voulant vivre et combattre pour des valeurs collectives qui les dépassent.

Voir les commentaires

Ode au pays

18 Mars 2020, 18:18pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Mon pays, il était tout petit. Autant que je me souvienne, il ressemblait à une lourde maison de pierres grises, couverte de lierre, jouxtée d'un petit jardin où ma tente d'indien était bercée par un massif de roses et les branches épuisées du saule pleureur du voisin. Mon pays avait alors deux frontières, les bras doux et chauds de ma mère et le visage un peu sévère de mon père.

Puis mon pays s'est agrandit, il embrassait une grande cour de bitume et une salle de classe tapissée de dessins colorés. Il avait le visage d'une petite fille avec de longues tresses blondes, qui n'aimait pas qu'on la pince, et d'un instituteur barbu, qui n'aimait pas qu'on dépasse les lignes du cahier.

Ensuite mon pays s'est élargi encore, il a pris la forme de livres, d'idées, de films, d'histoires, de récits, de leçons et d'images.... Mon pays est sorti de la bouche d'un professeur de français évoquant Stendhal presque les larmes aux yeux, du geste d'un garçon de café me servant mon premier verre de vin, de la main d'une quasi-inconnue glissée dans la mienne dans l'obscurité d'une salle de cinéma...

Alors mon pays est devenu bohème et turbulent, il ressemblât à des cafés, des concerts, des manifestations, des ivresses, des diatribes, des révolutions rêvées et des batailles perdues...

Enfin mon pays devint sombre et menacé, envahi, agressé, insulté, trompé et trahi de toutes parts. Mon pays, fatigué, tournait au cauchemar.

C'est alors qu'au cœur de ce pays j'en découvrais un nouveau, plus petit, plus improbable, mais porteur d'espérance. Ce pays s'appelait communauté, ses membres camarades. De mon ancien pays, il était le garant mais aussi l'avant-garde.

Ainsi mon pays est à la fois minuscule et immense, tragique et magnifique, fragile et orgueilleux, mon pays c'est la France.

Voir les commentaires

Ne pas mourir pour rien

16 Mars 2020, 20:50pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Que naissent au moins de cette crise folle, de ce « confinement » impensable, de ce gâchis, de cette gabegie politique, le renforcement de nos certitudes, la consolidation de notre croyance, désormais inaltérable, non seulement dans la justesse mais dans le caractère impérieux, vital, de ce qui n'a jamais autant mérité le nom de « notre combat » ! Sans aucune grandiloquence, juste en tirant la leçon des faits. Pour que les morts inutiles n'en soient pas pour autant vaines. Oui les frontières protègent, oui le « Village global » n'est qu'un vaste mouroir, oui les marchés financiers sont des mafias, oui la destruction des services publics est un crime contre le peuple... Mais que naissent aussi de ce temps de repli, de réclusion, de parenthèse potentiellement tragique, de nouvelles idées, de nouveaux paradigmes, de nouveaux chants, de nouveaux poèmes, de nouveaux hymnes, de nouveaux rapports humains, de nouvelles priorités, qu'un foisonnement créatif, productif, militant, révolutionnaire, réponde à l'état de siège qui nous est imposé. Cet « imprévu dans l'histoire » - qui confirme toutes nos analyses, valide tous nos constats - que la folie du système a suscité, ne doit pas - ne peut pas -rester qu'un énième accident sur la route criminelle du libéralisme mondialisé. On le voit, il n'y a pas d'issue dans la fuite individualiste, il n'y a pas d'espérance dans l'évasion personnelle, dans l'égoïsme et l'aveuglement du court-termisme. Ils n'y a de solutions que collectives et communautaires. Des solutions à inventer, à penser, à construire, à incarner. Nous ne mourrons pas de leur folie, de leur inconscience, de leur délire matérialiste, de leurs fausses utopies qui ne sont que des calculs financiers, nous ne mourrons que de notre passivité face à ceux-ci. Et si nous acceptons la mort, nous ne la tolérons qu'après avoir tout donné pour notre peuple, pour notre culture, pour notre civilisation, pour nos amours, pour nos enfants ou ceux de nos frères, et pour l'image que nous voulons emporter de nous-mêmes.

Voir les commentaires