Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
A moy que chault!

Montjoie Saint Denis!

16 Mars 2016, 13:48pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

  • « Putain les gars, on est attaqué, vite serrez les rangs ! »
  • « Ha merde, qu’est-ce qu’on nous reproche ? »
  • « Des conneries de gauchistes… »
  • « Du genre ? »
  • « D’avoir couvert et minimisé des faits de pédophilie… »
  • « Et c’est vrai ? »
  • « Mais t’es con ou quoi ? On s’en fout ! Je te dis que ce sont des trucs de gauchistes pour salir notre mère la Sainte Eglise ! »
  • « Oui mais… »
  • « Putain ta gueule, on se serre les coudes, on serre les dents ! »
  • « Mais c’est quand même grave… »
  • « Ha ben ils sont bien placés pour parler, eux, avec leur Cohn-Bendit, leur Jack Lang et leur Frédéric Mitterrand ! »
  • « Heu... « On n’est pas plus pédophiles que vous ! », c’est ça la ligne de défense ? »
  • « Heu non... La ligne c’est « Encore ces sales gauchistes qui s’en prennent à l’église, ha c’est facile, pis c’est pas gentil, le mec il tripotait peut-être un ou deux scouts mais il distribuait des vêtements aux pauvres, de toute façon y’a toujours deux poids/deux mesures, nous les cathos on est persécutés, ça serait un Imam on en ferait moins d’histoires… »
  • « Ha ok… et la stratégie ? »
  • « On ferme les yeux, on se bouche les oreilles et on gueule bien fort. »

Voir les commentaires

L'impasse des populismes

14 Mars 2016, 19:21pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Zentropa

Les résultats des dernières élections régionales en Allemagne sont la nouvelle éclatante démonstration d’un phénomène politique européen dont nous devons nous défier bien plus que de nous en réjouir et que l’on pourrait appeler le « populisme circonstanciel sans conséquence ». En effet, si les mines déconfites des journalistes annonçant une « grande victoire de l’extrême-droite » pourraient de prime abord nous ravir et nous inciter à l’enthousiasme, il convient de ne pas être dupe de ces scènes théâtrales trop bien jouées.

Partout en Europe, à l’exception notable de la France, depuis plusieurs années, le scénario est identique. Tout d’abord, le mécontentement et la colère populaires, notamment face aux dégâts sociaux de la mondialisation et aux chaos ethnico-culturel causé par l’invasion migratoire, ne profitent pas aux partis nationalistes et identitaires « traditionnels » (BNP au Royaume-Uni, NPD en Allemagne…), présents dans le paysage politique national depuis longtemps, ancrés dans une histoire politique longue et disposant d’une véritable doctrine s’appuyant sur une colonne vertébrale idéologique rôdée par l’expérience et le temps.

Depuis une vingtaine d’années, ce ras-le bol des populations est récupéré, siphonné, par de nouvelles formations naissant comme des champignons, avec une « spontanéité » tellement systématique qu’elle en devient suspecte. Ces nouvelles formations sans enracinement, sans structure idéologique et sans cadres, sont toutes libérales économiquement et généralement mono-causales (anti-Islam pour la plupart). Elles n’apportent jamais de réponse globale et complète à la crise civilisationnelle que nous traversons, mais se bornent à pointer du doigt un phénomène – l’immigration/islamisation – tout en ignorant sciemment ses causes et ses bénéficiaires.

Calquée sur un néo-conservatisme anglo-saxon plus ou moins adapté aux goûts locaux (Bouffonerie pérorante façon « Comedia dell’arte » avec Beppe Grillo en Italie, brushing gay friendly et ultra-libéralisme diamantairophile pour Geert Wilders aux Pays-bas…), ces coruscantes et bruyante formations « composites » - pour ne pas dire fourre-tout- sont les réceptacles et les amplificateurs des mécontentements, souffrances et inquiétudes des populations les plus exposées à la démolition mondialo-capitaliste. Mais elles ne sont que cela. Des porte-voix circonstanciels et temporaires dont l’écho des vociférations se perd rapidement dans l’immensité de l’inutilité pratique. Elles ne contestent pas le système mais se bornent à aboyer contre certains de ses symptômes. Bien loin de « renouveler le paysage politique » comme elles le prétendent, elles le parasitent et le troublent, empêchant l’émergence d’une véritable contestation de fond, organisée autour de mouvements structurés intellectuellement et porteurs d’une véritable « vision du monde » alternative. D’ailleurs qu’elles soient « mouvement de rue », comme L’English Defense League, ou parti à vocation électoraliste comme le mouvement «5 Stelle », ces excroissances artificielles disparaissent ou se rallient aux tenants du système aussi rapidement qu’elles ont fait irruption sur la scène politique, une fois remplie leur mission de détournement et d’annihilation des vélléités protestataires voire révolutionnaires d’une part non-négligeable, et croissante, de la population.

Ces baudruches, régulièrement gonflées par les médias et lâchées dans le ciel bas des laissés pour compte de la mondialisation afin de les faire encore un peu rêver à de possibles solutions et changements par les urnes, sont incontestablement l’une des dernières et plus efficaces armes du système pour proroger son existence et son pouvoir.

Tant que les malheureux, les exploités et les révoltés s’amusent à jouer avec elles, ils ne pensent et ne travaillent pas à l’élaboration d’une véritable contre-société, alternative autonome basée sur la communauté, le localisme, l’écologie, la production culturelle indépendante, l’enseignement hors-contrat, le réenracinement territorial (rural), la réinformation, les solidarités concrètes. En offrant des défouloirs, le système s’offre de nouveaux sursis. Refusons ce jeu de dupes, laissons les urnes truquées aux margoulins politicards, et travaillons aux constructions, sans doute d’abord modestes mais concrètes, au sein desquelles pourra s’épanouir notre idéal.

Voir les commentaires

Entrepreneuriat et justice sociale

10 Mars 2016, 01:14am

Publié par amoyquechault.over-blog.com

« Il y a une lutte des classes, évidemment, mais c'est ma classe, la classe des riches qui mène la lutte. Et nous sommes en train de gagner. »

Warren Buffet

Zentropa

Contrairement à ce que se plaisent à répéter les libéraux de tous poils qui constituent la quasi-intégralité de la classe politique contemporaine ( des libéraux-conservateurs (sic) aux post-socialistes gouvernementaux en passant par les libéraux-gaullistes et autres libéraux centristes), la « lutte des classes » n’est aucunement une notion périmée, un concept anachronique tout juste bon à ranger au musée des vieilles idéologies rancies d’avant la merveilleuse « fin de l’histoire ». Dans le contexte de crise globale que nous connaissons, elle est au contraire d’une totale actualité et d’une absolue acuité. Elle a simplement assez largement changé de forme. Elle se joue en effet aujourd’hui à front double, et son curseur interne s’est passablement déplacé. La lutte des classes de 2016 n’est donc évidemment pas la réplique fidèle et exacte de celle du 19e siècle, de Thiers et des maîtres des forges face au socialisme français proudhonien et aux marxisme révolutionnaire, mais elle n’en reste pas moins une réalité centrale et connaît même une intensité des plus importantes aujourd’hui, au moment où, en France, le Medef et ses domestiques gouvernementaux montent à l’assaut du Code du Travail et où, à l’échelle globale, une poignée de milliardaires accaparent une part toujours plus importante des biens et richesses de la planète.

Double front donc, car aujourd’hui, le travailleur doit faire face à deux ennemis presque aussi redoutables l’un que l’autre (même si le premier est instrumentalisé et cornaqué par le second) :

1) Le lumpen-prolétariat d’importation étrangère dans le but de casser les modèles sociaux avancés et de faire pression à la baisse sur les salaires et les revendications sociales tout en brisant l’homogénéité minimale nécessaire à la « décence commune ».

2) Les financiers internationaux et le patronat « hors-sol », dirigeants de multinationales sans autres attaches que le rendement pur et l’accumulation du Capital, actionnaires sans foi ni loi, obsédés par leur intérêt pécuniaire le plus étroit, oligarques sans devoir, se plaçant au-dessus des lois qu’ils édictent puis manipulent.

Changement de curseur également puisque, aujourd’hui, une bonne part du patronat et de la bourgeoisie se retrouvent du même côté de la barricade (ou en tout cas devraient se trouver…) que les ouvriers et les employés, partageant d’indéniables intérêts communs et faisant face aux mêmes ennemis (dérégulation, concurrence sauvage, dumping social, abus de situations de monopole…). Il est ainsi évident que les artisans, tout comme les patrons de TPE ou PME/PMI, partagent beaucoup plus de préoccupations et d’aspirations, de difficultés aussi, avec leurs employés, leurs ouvriers, mais aussi les travailleurs précaires ou les chômeurs de leur ville, de leur région, qu’avec des PDG du CAC 40 ou des traders internationaux pour qui ils ne sont que des variables d’ajustement au sein de vastes plans de rémunération des actionnaires.

La lutte des classes, ce n’est donc plus « le patron contre l’ouvrier » mais le « travailleur contre le parasite (du haut comme du bas) », le « créateur contre l’usurier », « l’artisan contre le banquier », « l’entrepreneur contre l’actionnaire », « le paysan contre Monsanto »… Ce sont les classes laborieuses, du prolétariat jusqu’à la moyenne bourgeoisie, classes sédentaires et enracinées, contre les nomades de l’hyper-classe mondialisée et le lumpen-prolétariat apatride.

C’est pourquoi, s’il est impératif de combattre l’hyper-finance et ses chiens de garde du Medef, s’il est vital de réduire les inégalités à une proportion décente, justifiée et acceptable par chacun, il serait vain, et même mortifère, de sombrer dans un « ouvriérisme » angélique ou une « chasse au riche » (qu’il faudrait déjà définir…) dans le cadre d’une vision des rapports sociaux et économiques pour le coup totalement désuète et improductive, une vision sclérosée et impuissante dans laquelle finissent de s’enterrer des syndicats de prébendiers et de professionnels de la connivence.

Ainsi, s’il est urgent et indispensable de taxer les transactions financières internationales, de plafonner les primes et rémunérations indécentes et autres « parachutes dorés » de certains hauts-dirigeants, de criminaliser les « patrons-voyous » (délocalisation sauvage, emploi de main d’œuvre clandestine…) et de mettre en place une politique d’augmentation salariale, il l’est tout autant de totalement refonder le RSI, d’alléger la fiscalité des PME/PMI ainsi que les arcanes administratives entravant la création d’entreprise, de revaloriser la figure de l’entrepreneur comme maillon fondamental de la communauté, d’assurer un protectionnisme économique européen et la défense de nos savoir-faire, de nos labels, de nos techniques et de nos patrimoines. Bref, il convient de promouvoir une économie organique et localiste, axée sur la proximité et l’implication de tous ses acteurs, la participation et la juste rémunération de chacun, sous le contrôle d’un Etat fort, garant et arbitre, mais laissant s’appliquer la plus complète subsidiarité et le respect de l’initiative privée tant qu’elle ne contrevient pas à l’intérêt général. Viendra alors, peut-être, le temps de la paix des classes.

Voir les commentaires

Si tu veux dépenser tes sous avec humour et goût (pour une fois)...

8 Mars 2016, 22:47pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Voir les commentaires

Aux armes citoyens!

19 Février 2016, 21:07pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

« Les politiques, tous des pourris, tous des voleurs ! ». C’est Jeannot - 25 ans de SNCF, 10 de détachement syndical, 2 de congé maladie et 8 mois de grève - qui gueulait ça au comptoir. Face à lui, derrière le zinc, Jean-Mich - 30 ans de bistrot, 25 de double comptabilité et 2 employés clandestins payés un demi smig - acquiesçait avec gravité. « Le problème, c’est que y’a plus de moralité… » renchérissait Bibiche, 18 ans de tapin, trois avortements. A l’angle du comptoir, derrière le paravent de son journal déplié, Louis Armand - 12 ans de trading, 9 d’évasion fiscale - ne pouvait s’abaisser à participer à ce tumulte populacier mais n’en pensait pas moins. Solidaire mais distant, il opinait nerveusement du menton.

Le pays réel était au bord de la révolte et n’hésitait désormais plus à dénoncer vertement ce pays légal qui n’était pas à la hauteur de ses aspirations.

« C’est comme l’immigration, on finira par en crever ! » s’exclama alors Stéphanie, qui aurait bien participé davantage au débat naissant mais qui devait malheureusement s’empresser de finir son thé pour aller récupérer la petite dernière chez la nounou gabonaise (une femme très bien, presque sans accent, avec d’excellentes valeurs…). Mohammed était d’ailleurs assez d’accord avec Stéphanie. « L’immigration c’est bien joli, mais si c’est pour nous interdire de picoler et d’aller en boîte de nuit, non merci ! » affirma-t-il, soutenu dans sa prise de position par Raymond qui l’employait au noir depuis 5 ans dans sa boite de construction « parce qu’il faut bien s’en sortir, quoi, merde aussi… ».

L’ambiance était orageuse. Pastis 1789.

« Je n’aime pas parler de politique mais c’est vrai que ce sont quand même des enculés, prêts à tout… ». Là, c’est Francis, agent immobilier vidant un café crème dans l’attente d’un client à qui il devait faire visiter une mansarde de 18 mètres carrés à 900 euros par mois + les charges, qui intervenait vigoureusement. Ca chauffait grave. Il n’y avait guère que Véronique, l’étudiante en lettres, perdue dans un vieux 10/18 dont on ne parvenait à lire le titre mais qu’on imaginait être un Modiano ou une autre connerie du genre, qui n’avait pas encore pris la parole. On la scrutait, la questionnait presque du regard. Après quelques instants de gêne, elle déposa son livre corné au centre du guéridon de faux marbre, et déclara d’une voix à peine audible que « c’était peut être que la démocratie représentative avait trop bien atteint le but qui lui était confié ».

Après quelques secondes de silence interloqué, on haussa les épaules, on resservit les verres et on se remit à gueuler.

Voir les commentaires

Acte V

17 Février 2016, 00:35am

Publié par amoyquechault.over-blog.com

- Cyrano: oui, ma vie ce fut d'être celui qui souffle, -et qu'on oublie ! (à Roxane.) vous souvient-il du soir où Christian vous parla sous le balcon ? Eh bien ! Toute ma vie est là : pendant que je restais en bas, dans l'ombre noire, d'autres montaient cueillir le baiser de la gloire ! C'est justice, et j'approuve au seuil de mon tombeau : Molière a du génie et Christian était beau !

(à ce moment, la cloche de la chapelle ayant tinté, on voit passer au fond, dans l'allée, les religieuses se rendant à l' office.) qu'elles aillent prier puisque leur cloche sonne !

- Roxane: ma soeur ! Ma soeur !

- Cyrano: Non ! Non ! N'allez chercher personne : quand vous reviendriez, je ne serais plus là. (les religieuses sont entrées dans la chapelle, on entend l'orgue.) il me manquait un peu d'harmonie... en voilà.

- Roxane: je vous aime, vivez !

- Cyrano: non ! Car c'est dans le conte que lorsqu'on dit : je t'aime ! Au prince plein de honte, il sent sa laideur fondre à ces mots de soleil... mais tu t'apercevrais que je reste pareil.

- Roxane J'ai fait votre malheur ! Moi ! Moi !

- Cyrano: vous ? ... au contraire ! J'ignorais la douceur féminine. Ma mère ne m'a pas trouvé beau. Je n'ai pas eu de soeur. Plus tard, j'ai redouté l'amante à l'oeil moqueur. Je vous dois d'avoir eu tout au moins, une amie. Grâce à vous une robe a passé dans ma vie.

Voir les commentaires

RDV

16 Février 2016, 14:29pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

RDV

Voir les commentaires

Egalité réelle

14 Février 2016, 20:39pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Quelle étrange dénomination que celle de ce secrétariat d’Etat confié, comme il se doit, à un membre d’une « minorité » (l’égalité, cela ne concerne pas tout le monde au même degré…). Quelle est dont cette « Egalité réelle » qui s’oppose « de facto » à une « égalité irréelle » passée, celle sans doute des grands textes juridiques de l’histoire du droit français, une égalité des droits et des devoirs poussiéreuse et principielle qui ne répondait pas aux nécessités du temps. « L’égalité réelle » c’est donc une égalité concrète, visible et arithmétique. En clair - si l’on peut dire - c’est une égalité chromatique. C’est la juste répartition des couleurs au sein d’un système inchangé. Couleurs qui ne sont pourtant que des aléas épidermiques, puisque les races n’existent pas. Mais peu importe, ce qui compte c’est l’équanimité des teintes sur le merveilleux chromos de la post-modernité. Autant de noirs que blancs présentant des émissions débiles à la télé, autant d’arabes que de blancs mimant l’agitation d’un pouvoir perdu au sein des assemblées électives, autant d’indiens que de blancs produisant du vide derrière des ordinateurs, autant de bruns, de jaunes, de gris et d’olivâtres que de blancs sous-payés dans les usines… « L’égalité réelle », c’est la version technicolor de l’exploitation et du non-sens capitaliste.

Et pour atteindre ce noble objectif, il y aura ceux qui auront un peu moins « d’égalité réelle » que les autres, ceux qui seront contraints de faire de la place, de se pousser, de partager le quignon qu’ils ont encore à ronger. L’égalité des uns se nourrit de l’inégalité des autres. C’est la politique des quotas, les joies de la discrimination positive, c’est-à-dire les riches et les puissants décidant arbitrairement de la répartition des miettes de leur système en fonction de leur inclinaison personnelle pour telle ou telle couleur de l’arc-en-ciel.

A ce petit jeu un seul perdant systématique : la face-de-craie laborieuse, le petit blanc ringard, le loufiat de souche bientôt remplacé par le domestique « divers » dans l’attente de son futur remplacement technico-cybernétique, une fois que l’on aura usé jusqu’à la corde toutes les misères du monde.

Egalité réelle

Voir les commentaires

Anciens combattants

10 Février 2016, 12:25pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Après l’avoir fouillé d’une main tâtonnante et nerveuse, Julien referma le tiroir du bureau avec agacement et férocité. Peu habitué à ce genre de traitement, l’acajou laqué en grinça douloureusement. Décidément, on ne trouvait vraiment jamais rien dans cette maudite bicoque ! Il détestait viscéralement qu’on touche à ses affaires, et là, c’était certain, quelqu’un avait déplacé les siennes. « Sans doute l’une des deux connasses… » murmura-t-il avec acrimonie. Par cet affectueux qualificatif, il accusait du délit soit Stéphanie, sa chère et tendre moitié, qu’il avait commis l’erreur d’épouser peu de temps avant de connaître un petit succès littéraire qui lui aurait permis de faire un choix dans une catégorie physico-socio-sexuelle sensiblement plus élevée, soit Miranda, la femme de ménage cubaine qu’il avait embauché par solidarité socialiste mais qui s’était révélée être une seconde ennemie intime. Miranda était en effet un pur produit de la propagande occidentalo-américaine et de l’abêtissement hédonisto-publicitaire. Elle avait lâchement abandonné sa terre natale non pas pour promouvoir les bienfaits de la révolution castriste en Europe mais pour se vautrer ignominieusement dans toutes les plus misérables facilités de l’existence petite-bourgeoise. Miranda s’entendait d’ailleurs à merveille avec son épouse, c’était dire le niveau. « Une tasse de thé et un catalogue des 3 Suisses, voilà leur horizon… » cracha-t-il d’ailleurs en retournant rageusement sur le sol une partie du contenu de la commode jouxtant le bureau… Son exaspération était peu à peu parvenue à son comble car c’était maintenant certain : son badge Lénine avait bel et bien disparu ! Or il lui restait moins de deux heures avant d’assister à la conférence de rédaction de «Bourse et Principes », et il était hors de question qu’il s’y présentât sans arborer ce précieux totem qui le distinguait de la commune veulerie conservatrice des autres rédacteurs et « faisait tellement chier » ses employeurs… « Vous verriez la tronche qu’ils tirent à chaque fois qu’ils l’aperçoivent… » se plaisait-il d’ailleurs à répéter régulièrement devant un auditoire d’étudiantes en lettres émoustillées et d’apprentis écrivains béats d’admiration devant tant de courage et de virilité anticonformiste. Car pour Julien, communiste de cœur et d’âme, travailler dorénavant pour un périodique ultra-libéral n’était nullement un reniement ou une capitulation. Ce n’était même pas l’une de ses sordides compromissions alimentaires auxquelles les hommes du commun sont si souvent contraints. Non, il s’agissait de toute autre chose. Occuper quelques colonnes entre une série de conseils en défiscalisation et divers appels à la ratonnade mondiale anti-bougnoules était en réalité une stratégie d’entrisme révolutionnaire, une geste dadaïsto-gramciste visant à porter la contradiction au cœur même de l’hydre ennemi. Il était plus malin, et par là plus fort, qu’eux. D’ailleurs, lorsqu’il portait à la banque ses chèques de rémunération, il savait bien que ce n’était pas le Capital qui l’achetait mais lui qui détournait l’argent du capitalisme. Cependant, ces évidences n’étant pas absolument limpides pour tout le monde, il lui fallait arborer l’implacable visage de Vladimir Ilitch au revers de la veste afin de les imposer indiscutablement aux yeux de tous. D’où son actuel courroux.

Après avoir bruyamment ruiné le bel ordonnancement de deux ou trois autres meubles de l’appartement, il se résigna à interroger son épouse. Celle-ci lui répondit dans un haussement d’épaules :

- « Ecoute, je n’en sais rien, tu n’as qu’à mettre celui de Che, il est posé sur le frigo… ». Retenant un rire hargneux, Julien s’exclama :

- « Le Che ? Et pourquoi pas un truc encore plus mainstream ? Manu Chao ? Yannick Noah ? Tu veux me faire passer pour un ado attardé ? Les anciens d’Ordre Nouveau et d’Occident, tu crois qu’ils se pointent à la réunion avec un pin’s Jean-Marie Le Pen comme des ploucs moyens? Non, ils ont leur trident, leur petite celtos, la fleur de lys pour les plus fiotasses… enfin des trucs que seuls les vrais reconnaissent, les anciens… des trucs de mecs under-cover mais qui n’en pensent pas moins… Tu veux vraiment qu’on me prenne pour le dernier des cons ? Je n’ai qu’à mettre un t-shirt Mélenchon tant qu’on y est… ».

Déjà lassée des vociférations maritales, Stéphanie s’efforça toutefois de répondre :

- « Et pourquoi pas ? Tu prétends bien avoir voté pour lui… »

Julien s’étranglait de rage :

- « Mais tu ne comprends décidément rien ma pauvre fille... Mélenchon, ça fait crétin qui y croit encore, pue la sueur qui espère des changements concrets, ce n’est absolument pas dandy revenu de tout mais qui professe malgré cela un communisme littéraro-poétique parce qu’il garde une flamme douloureuse mais invaincue au plus profond de lui-même… »

- « Ha, par pitié, ne me ressort pas ton dernier laïus du dîner du Rotary… » conclut Stéphanie en replongeant dans ses mots-croisés force 3.

Anéanti et dépité, Julien n’avait plus qu’une solution de repli : invoquer téléphoniquement une maladie aussi subite qu’imaginaire pour échapper au conseil de rédaction. D’ici à la semaine prochaine, grâce à la célérité d’Amazon, il aurait grandement le temps de récupérer un nouvel exemplaire de son indispensable icône.

Voir les commentaires

Pauvres?

9 Février 2016, 23:24pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

« J’aurais voulu écrire un livre sur les pauvres ; je n’ai pas pu. D’abord, pour écrire sur les pauvres, il faut les observer, les voir. C’est un hideux spectacle. C’est la servitude, non seulement volontaire, mais quémandée, mais achetée par les esclaves. J’aurais voulu montrer aux pauvres ce qu’ils dépensent d’efforts et d’intelligence, à croupir dans l’ignorance. J’aurais voulu leur faire voir ce qu’il leur faut de courage pour être lâches. Mais leur abjection est trop énorme, en vérité. Cette chair; étiquetée, à vendre, vendue, se méprise trop, me dégoûte trop. Dans tous les pays du monde, les pauvres sont des troupeaux d’êtres vils, aimant leurs chaînes de papier, vénérant leurs gardes-chiourmes, pleins d’estime et d’admiration pour les laquais de leurs gardes-chiourmes, pour leurs valets d’épée et de plume. Toute une immonde racaille bourgeoises, grimauds, cabotins, et rapins - tourbe d’assassins et d’empoisonneurs que je voue à la mort- vit, prospère et multiplie sur l’argent donné par les pauvres, avec plaisir. Les pauvres se repaissent des ordures bourgeoises, s’en gavent. Et quant aux hommes qui leur parlent de liberté et d’égalité, quant aux hommes qui leur consacrent leurs forces, leur talent, leur vie - les pauvres n’en ont cure; je suis sûr qu’ils les haïssent. »

Georges Darien, « L’épaulette »

Pauvres?

Voir les commentaires