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A moy que chault!

Relocaliser l’économie : un impératif vital

29 Mars 2021, 15:04pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

 

La rupture effective avec le totalitarisme de la mondialisation exige le retour à des espaces limités, autonomes, largement auto-suffisants, à taille humaine au sein desquels des communautés homogènes et solidaires puissent s’épanouir autour de leurs identités charnelles régénérées.

Pour qu ce « retour au localisme », tel que notamment théorisé par la Nouvelle Droite1, ne reste pas une simple utopie romantique servant à nourrir les conversations de fin de soirées de jeunes urbains alcoolisés, il nécessite plusieurs impérieux préalables :

- La fin de l’omnipotence citadine et le renoncement à l’idéologie pavillonnaire (qui n’est rien d’autre que l’extension infinie d’une non-ville au sein d’une non-campagne composant peu à peu un immense no-man’s land individualisto-petit bourgeois) au profit d’un réel réaménagement du territoire réinvestissant la ruralité 2.

- La dénonciation de l’idéologie de la croissance perpétuelle et du gaspillage organisé nécessitant une production toujours plus massive et toujours plus délocalisée pour en minimiser les coûts et en augmenter ainsi l’attractivité, à laquelle on substituera la valorisation de la frugalité et de la simplicité volontaire.

- La réhabilitation de l’apprentissage des arts, techniques et métiers, préféré au culte délirant d’un secteur tertiaire déifié et producteur de cet immense prolétariat « intellectuel » pourrissant sur pattes dans les blocs de bétons de nos cités tentaculaires.

La tâche est donc immense mais seul ce triptyque semble capable de permettre une évasion viable du système libéral et financier globalisé, nouvel esclavagisme moderne, en permettant non pas une fumeuse, bien que séduisante en théorie, « sortie de l’économie » mais une refondation de celle-ci sur des principes de proximité, d'utilité collective et de mesure. En un mot et pour rependre l’analyse aristotélicienne: s’arracher à la chrématistique (volonté d’accumulation des moyens d'acquisition en général, et plus particulièrement la monnaie, pour eux-mêmes et non en vue d'une fin autre que son plaisir personnel) pour revenir à une économie « naturelle » (les échanges nécessaires à l'approvisionnement de l'oïkos, c'est-à-dire de la famille élargie au sens de communauté).

Non pas nier l’économie mais la remettre à sa place.

Pour réaliser ce qui n’est rien moins qu’une révolution civilisationnelle, un certain nombre de prises de conscience et de changements de comportements, individuels puis collectifs sont nécessaires, aussi modestes dans leur apparence qu’immenses dans leurs conséquences.

Chacun doit notamment comprendre que tous ses actes d’achats de biens ou de services sont des actes politiques sans doute concrètement aussi importants, si ce n'est plus, que le collage d’une affiche ou l’assistance à une conférence (l’un n’excluant évidemment pas l’autre, bien au contraire.). Ainsi l’analyse systématique des origines des produits consommés et leur « discrimination » en fonction de celles-ci permettra sur le long terme une « pression au local » susceptible de susciter un certain nombre de « relocalisations ».

Car il faut garder à l’esprit qu’acheter un tshirt fabriqué en Chine et imprimé en Indonésie barré d’un slogan farouchement révolutionnaire européen ou d’un symbole de la Tradition n’est pas un acte réellement identitaire mais simplement une participation à l’une des innombrables « niches tribales» de la consommation mondialisée. Achetez ses fruits et légumes, ses œufs et son fromage en vente directe auprès d’agriculteurs locaux, choisir un pull marin tricoté dans un atelier de Bretagne, privilégier systématiquement les artisans sur les grandes surfaces, renoncer à une futilité technologique fabriquée par les enfants-cerfs du tiers-monde sont par contre de véritables actes de résistance identitaire. Moins « visibles » peut-être, mais plus utiles assurément3.

Cette optique est bien entendu incompatible avec la recherche perpétuelle du « plus bas prix », cette idéologie de l’accumulation névrotique par le « discount »; c’est au contraire une prise en compte permanente de la « qualité », de « l’éthique » et de la « durabilité » et non uniquement du « prix » affiché, généralement inversement proportionnel au coût social et identitaire. Une telle démarche nécessite des moyens financiers importants ? C’est en effet un contre-argument souvent avancé mais qui ne résiste pas à l’analyse.

Ainsi lorsque l’on sait qu’entre 30 et 35% de la nourriture achetée est finalement jetée sans être consommée, il apparaît évident qu’une gestion plus raisonnée des quantités acquises compenserait largement le surcoût de produits alimentaires locaux, de saison et de qualité4.

Ainsi une telle volonté de « politisation des achats », pour être viable, doit s’accompagner de l’acceptation d’une sobriété bien comprise. « Moins mais mieux », encore et toujours.

Cet « activisme de la consommation », s’il est indispensable, n’est évidemment pas à lui seul suffisant pour entraîner une rupture profonde avec la logique mondialiste de la production marchande. Pour y parvenir, l’action politique étatique parait incontournable. Celle-ci pourrait prendre notamment la forme d’une fiscalité progressive en fonction de le proximité du producteur et du consommateur (« TVA local » : plus la production est proche, plus la TVA est basse. Proposition intéressante avancée notamment par les Identitaires lors de leur convention d’Orange). Elle pourrait aussi s'incarner dans une rigoureuse politique de sanctions, au niveau européen, envers les entreprises recourant aux délocalisations (amendes, fermeture des marchés à leur production, saisie des avoirs...).

Les possibles destructions d'emploi provoquées au sein des usines à gadgets et des diverses multinationales par une décroissance raisonnée pourraient pour leur part être compensées par un renouveau des services de proximité (petits commerces, services à la personne, enseignement, dépannages et réparations, atelier coopératifs travaillant sur les matières premières locales, mise en valeur du patrimoine...) et par un recours plus massif à la main d'œuvre dans des exploitations agricoles désindustrialisées. Ainsi, aux États-Unis, certains agriculteurs productivistes, confrontés à une prolifération de mauvaises herbes devenues résistantes à toutes les saloperies chimiques balancées sur leurs champs (notamment ce poison violent qu'est le round-up), ont été contraints de stopper l'utilisation de pesticides et de recourir à l'arrachage manuel, créant ainsi, à leur corps défendant, un cercle vertueux: création d'emplois générant des revenus permettant d'écouler en local des fruits et légumes au coût de production plus élevé mais à la qualité gustative et sanitaire bien supérieure.

Politiquement, socialement, écologiquement, la relocalisation de notre économie est une nécessité absolue. A nous d’opposer à l’uniformisation mercantile de la globalisation ce que les Anciens appelaient le « genus loci » et Heidegger le « Er-örterung », c’est-à-dire « l’assignation au site ».

« Ce que nous appelons un site est ce qui rassemble en lui l’essentiel d’une chose » précisait le philosophe allemand.

Il est grand temps aujourd’hui d’y revenir.

 

1 Revue « Eléments », numéro 100.

2 Le néo-ruralisme, comme son nom l'indique d'ailleurs, n'est pas une imitation plus ou moins maladroite d'un modèle passé mais une recréation, une nouvelle forme d'investissement de l'espace rural. Ainsi le « retour à la paysannerie » est-il simplement l'un des aspects de cette démarche et non la voie unique d'une réappropriation de la terre. Les courageuses initiatives de quelques camarades néo-paysans sont autant d'exemples remarquables, démontrant la faisabilité de ruptures radicales. Cependant tout le monde n'a pas été et ne sera pas paysan et c'est bien l'ensemble du spectre des activités humaines qu'il faut redéployer dans la sphère rurale, selon le génie propre de chacun.

3 Certains sites internet permettent d'aiguiller cette pratique de « l'achat localiste

4 Cet exemple est transposable à bien d'autres domaines, de l'habillement, avec ses armoires dégueulant d'habits jamais portés, aux équipements hifi ou audiovisuels inutiles, sitôt achetés sitôt « dépassés » par de nouvelles versions, en passant par les voyages lointains mais inutiles car réduits au préfabriqué occidentaliste des « agences de voyages » et même criminels car participant à la destruction des identités réelles sous l'action du rouleau compresseur du tourisme international de masse.

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César 2021 : Les clowns tristes du cinéma français

14 Mars 2021, 19:39pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Cela fait bien longtemps que la « cérémonie des Césars » n’a plus rien à voir avec le septième art et s’est transformée en une grande AG pour guevaristes germanopratins venant, entre deux lignes de coke, donner des leçons d’antiracisme, de tolérance, d’égalitarisme, de féminisme et de grandeur d’âme au reste du monde. L’édition 2021 a néanmoins franchi un cap supplémentaire : celui du pathétique et du sordide.

Pour lire l'article

 

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Bistrots

6 Mars 2021, 18:17pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Où sont-ils les Dédé, les Fabrice, les Tarik qui venaient, à la sortie du boulot, boire leur demi ou leur anisette au comptoir, discutant avec la patronne et bénéficiant des conseils PMU de Momo qui était particulièrement au courant puisqu'il avait passé la journée à analyser Paris Turf et les pages hippiques du Parisien ? Où est-il Loulou, qui « en avait marre des bougnoules » (« Je dis pas ça pour toi Tarik, toi t'es un copain, je parle en général... ») et qui trouvait « qu'un patron chinois, ça fait chier, mais au moins, ça fait voyager... » ? Où-sont elles ces ombres timides qui n'osaient pas trop parler mais écoutaient et souriaient aux rythme des divers soubresauts de la conversation ? Où sont-ils ces couples illégitimes échangeant des baisers indécents et passionnés sous l'oeil égrillard des habitués ? Où sont-ils ces apprentis écrivains griffonnant, après plusieurs minutes passées dans la contemplation du plafond, quelques mots enragés et définitifs sur leur carnet moleskine ? Où sont-elles ces demi-vielles, à la fois aguicheuses et dédaigneuses, venues s'illusionner quelques moments sur le pouvoir de leurs charmes fanées ? Où sont-ils ces joueurs de belote qui semblaient vouloir se confondre avec un décor de film en noir et blanc?  Où sont-ils ces analystes politiques, ces géopolitologues, ces experts en tout se découvrant une nouvelle spécialité à chaque tournée ? Où sont-ils ces vieillards crevassés et tremblants, terrorisés à l'idée de se retrouver seuls à l'heure de la fermeture ? Ou sont-ils ces hommes mal mariés s'offrant une parenthèse avant l'enfer conjugal? Et où suis-je moi qui aimait tant ce demi-monde, pas toujours brillant mais parfois génial, à la fois accablant et chaleureux, bancal et fatigué, hilarant et tragique, glorieux et misérable, qui ressemblait tant à la vie ?

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L'effacement des visages...

6 Mars 2021, 15:04pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

La crise sanitaire que nous traversons, où se mêlent allègrement le grotesque et le tragique, offre indéniablement une excellente matière première aux romanciers et plus particulièrement à ceux adeptes de la dystopie. C'est le cas de Thomas Clavel qui nous offre un nouveau roman en forme de vertigineuse plongée dans le monde de la « 4e vague » du virus Covidien.

 

Un monde où la propagande hygiéniste s'est encore accrue de plusieurs degrés, où la litanie des « gestes barrières » est devenue un nouvel Evangile (« Eloignez vous les uns les autres ! ») et où la chasse aux récalcitrants est désormais l'activité favorite des « bons citoyens » avides de délation et d'ostracisation sociale.

« Hôtel Beauregard » est d'ailleurs le récit d'un lynchage, celui d'une jeune doctorante dont la vie va basculer dans l'horreur par la faute d'un oubli de port du masque sur une photo de groupe postée sur internet.

Le récit de Thomas Clavel est constitué de plusieurs strates. C'est tout d'abord un réquisitoire impitoyable contre la lâcheté et la violence des réseaux sociaux où, régulièrement, des individus sont jetés en pâture, par des petits procureurs incultes et haineux désormais appelés « youtubeurs », « instagrameuses » ou « influençeuses », à des hordes de « suiveurs » se laissant aller – sous couvert d'un anonymat relatif ou du moins temporaire – à leurs plus bas et vils instincts, à l'injure, aux crachats, aux menaces. Et d'un lynchage virtuel à un lynchage physique, il n'y a qu'un pas. On ne contrevient pas impunément aux dogmes du temps.

« Hotel Beauregard » est ensuite une profonde réflexion sur la soumission et sur la peur (« Ils l'adorent cette peur là ! Ils la vénèrent ! Ils l'alimentent comme un petit foyer ! Car cette peur, elle est le moteur de leur haine ! Elle est la condition sine qua non de leur colère illimitée! »), une réflexion qui interpelle particulièrement cruellement le lecteur à l'heure où nous glissons doucement, jour après jour, presque sans résistance, dans une « tyrannie sanitaire » aussi ubuesque qu'impitoyable.

C'est enfin le glaçant tableau d'un monde déshumanisé, du monde « sans visage » qui est à nos portes. Et c'est bien cela qui noue l'estomac à la lecture de certaines pages de ce brillant roman, la sensation que ce monde étouffant et cauchemardesque qui y est décrit, nous y sommes presque, nous sommes en train d'y entrer, nous y sommes peut-être même déjà en grande partie...

Ecrit dans une langue limpide et ciselée, ce deuxième roman de Thomas Clavel s'impose d'ors et déjà comme l'un est textes importants de l'année 2021 et comme un sérieux candidat au prochain Prix des lecteurs de la presse libre !

 

Xavier Eman in « Présent » du samedi 6 Maris 2021 ( www.present.fr )

 

« Hôtel Beauregard », de Thomas Clavel, Editions la Nouvelle Librairie, 220 p., 14,90 euros.

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Drieu, le corps et l'esprit...

5 Mars 2021, 13:41pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Les éditions Pardès poursuivent leur remarquable travail de réédition des œuvres, aujourd'hui tombées dans le domaine public, des écrivains « maudits » des années 40, avec la parution de « Notes pour comprendre le siècle », un court et dense essai de Pierre Drieu la Rochelle. L'occasion de se replonger dans une pensée fine, ardente et complexe, trop souvent masquée par les engagements politiques de l'auteur.

 

Mêlant considérations d'histoire littéraire et considérations d'histoire générale dans l'apparent désordre d'un « carnet de notes », Drieu nous propose ici une brillante chronologie de l'évolution de la pensée européenne autour d'un axe principal et fondamental : la relation entre le corps et l'esprit, leur nécessaire complémentarité, les conséquences dramatiques de leur séparation ou de leur opposition...

Drieu débute son propos en célébrant un moyen-âge héroïque et spirituel, temps d'une « grande santé » à la fois physique et morale, où chevaliers, bâtisseurs de cathédrales, artisans et paysans, vivaient dans la pleine conscience de la vitalité d'un corps au service tant de leur existence quotidienne que de la transcendance religieuse.

« Ces châteaux et ces cathédrales n'ont pu être bâtis par des chétifs ni par des tristes. Il y a à la fois une raison et une audace de la raison dans le plan des cathédrales qui ne peuvent être comprises seulement comme l'effet d'une ardente foi extra-terrestre, mais comme confiance dans la vie, joie de vivre, affirmation exubérante de l'immédiat. » écrit-il. Après, vient le temps du délitement, de la décadence, de la lente séparation du corps et de l'esprit, de l'excès d'intellectualisme... L'homme se coupe du spirituel et du mystique, il se rétracte, se rétrécit, la raison devient rationalisme... Drieu se penche alors, avec une grande et subtile érudition qui ne tombe jamais dans la pédanterie ou le jargonnage, sur les tentatives de résistance à ce « désenchantement du monde » que furent notamment le romantisme et le symbolisme, mais, tout en saluant les mérites de leurs plus brillants représentants, il en souligne les insuffisances et, au final, constate leur échec.

La réponse à cette « décadence » qui l'obsède, cette lente dégradation de « l'homme européen », il croit alors l'entrevoir dans la figure du « fasciste » et le développement de l'autoritarisme italien et, peut-être plus encore, des totalitarismes allemand et russe. Il pense discerner dans l'énergie et le vitalisme de ces mouvements la possible naissance d'un « homme nouveau » qui serait en réalité la résurgence de « l'homme éternel », de « l'homme complet », de l'homme du moyen-âge tant vanté. Cette espérance sera son drame, son aveuglement diront certains, sa faute, ou même son crime affirmeront sans doute ceux qui jugent le passé avec toute l'arrogance manichéenne du présent.

Mais si ses illusions seront tragiquement broyées par les horreurs de la guerre, reste un constat d'une implacable lucidité, un recherche ardente et passionnée d'une issue, d'un sursaut, qui reste toujours d'une brûlante actualité.

 

Xavier Eman in revue « Livr'arbitres » numéro 32  ( www.livrarbitres.com )

 

Pierre Drieu La Rochelle, « Notes pour comprendre le siècle », Editions Pardès, 2020, 135 p., 16 euros.

 

 

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