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Amour, haine, révolution
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Dans le monde merveilleux de l’économie libérale mondialisée, chaque acteur cherche à maximiser ses intérêts et ses bénéfices à court terme sans se soucier des autres protagonistes ni d’un quelconque intérêt général. Et, dans cette guerre de tous contre tous, on assiste régulièrement à des basculements de rapports de force. C’est aujourd’hui notamment le cas entre la grande distribution et les groupes de transports maritimes.
En effet, la grande distribution a longtemps bénéficié du faible coût du transport maritime lui permettant d’importer massivement de l’autre bout du monde des marchandises à très bas prix revendues par la suite avec des marges importantes. Elle ne s’est d’ailleurs jamais montrée très regardante sur les raisons expliquant ces coûts peu élevés (navires poubelles, marins exploités, normes sanitaires et environnementales non respectées, pavillons de complaisance…). Mais les choses changent aujourd’hui et les prix du fret maritime s’envolent, menaçant l’économie de la grande distribution. La situation est pour elle si préoccupante que Michel-Edouard Leclerc, président du comité stratégique des centres E.Leclerc, demande une enquête parlementaire sur cette augmentation.
Michel-Edouard Leclerc évoque une augmentation des coûts de l’ordre de 85 % et affirme être « en mode combat pour qu’il n’y ait pas d’inflation dans les centres Leclerc ». Pour l’homme d’affaires cette hausse vertigineuse n’est pas normale et il met en cause les géants du transport maritime parmi lesquels on trouve l’armateur français CMA CGM.
Les hausses de coût concernent notamment l’approvisionnement en jouets dans la perspective de Noël et font même craindre une pénurie accompagnée d’un envol des prix. Face à cette situation, Michel-Edouard Leclerc dénonce un véritable « chantage sur le transport » dont feraient l’objet les réseaux de distribution. Un mauvais esprit verrait sans doute là un nouvel épisode de l’éternelle histoire de « l’arroseur arrosé », la grande distribution étant souvent accusée d’user des mêmes méthodes vis-à-vis de ses fournisseurs, notamment les producteurs et agriculteurs locaux, afin d’obtenir des prix toujours plus bas.
Quoi qu’il en soit, l’affaire est d’importance car elle touche à l’un des moteurs centraux du commerce mondialisé. D’ailleurs, aux Etats-Unis, l’administration Biden a chargé la FMC (Federal Maritime Commission) d’enquêter sur cette explosion des prix dont la raison principale est pourtant simple : privés de sorties et de loisirs du fait des diverses restrictions « sanitaires », les Occidentaux ont « compensé » en achetant en masse des produits en tous genres. Selon la logique libérale classique de l’offre et de la demande, les armateurs débordés, qui assurent 90 % du transport international des marchandises sur leurs porte-conteneurs, ont augmenté leurs prix, engrangeant pour 2020 presque 16 milliards de dollars de profit soit deux fois plus que leurs bénéfices cumulés des cinq dernières années.
Et si, face à cette course folle et à cette dangereuse dépendance, on commençait à mettre réellement en application les beaux discours sur le localisme et la relocalisation entendus aux débuts de la crise du Covid ?
Xavier Eman in Journal Présent
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A chaque nouvelle crise économique et financière, qui plonge des pans entiers de la population dans le chômage et la précarité, on nous promet une oxymorique « moralisation du capitalisme ». Mais rien ne change. De la même façon, à chaque élection, on nous assure que l’on va enfin lutter efficacement contre le scandale de l’évasion fiscale et des « paradis fiscaux ». Et il ne se passe également jamais rien. Une impéritie (volontaire ?) des politiques une nouvelle fois démontrée par une étude publiée lundi par un bureau de recherche indépendant qui révèle que les banques européennes, malgré les beaux discours et les grandes promesses des uns et des autres, n’ont aucunement réduit leur présence dans les paradis fiscaux.
Rien n’y fait, les « affaires » (Panama Papers, LuxLeaks…) se succèdent mais les banques européennes continuent à investir leurs profits dans des pays plus ou moins exotiques à la fiscalité des plus complaisantes. Ce sont ainsi plus de vingt milliards d’euros qui sont placés chaque année dans les paradis fiscaux par les principaux établissements bancaires du continent. Une somme qui représente environ 14 % de leurs bénéfices globaux. Un chiffre qui n’a pas baissé depuis 2014. Les « paradis » les plus appréciés des banquiers sont les Bahamas, les îles Cayman, Jersey, Hong Kong et le Luxembourg.
Certaines banques se distinguent plus particulièrement dans cette stratégie d’évasion fiscale. C’est notamment le cas de la banque britannique HSBC qui investit pas moins de 62 % de ses bénéfices dans ces zones « d’optimisation » fiscale. Elle est suivie par l’italienne Monte dei Paschi avec 50 % des bénéfices échappant à la fiscalité locale. Pour la France, les chiffres sont moins élevés, légèrement inférieurs à la moyenne européenne, avec notamment la Société générale (13,8 %), le Crédit agricole (11,5 %) et BNP Paribas (7 %).
Une situation qui reste néanmoins aussi choquante que scandaleuse, représentant de considérables pertes de rentrées fiscales pour les Etats, à l’heure où les services publics sont sacrifiés « faute de moyens » et où le contribuable lambda, pressuré, ne peut, lui, échapper au matraquage de l’impôt.
Mais comment espérer une réponse effective et efficace de la part d’un personnel politique de plus en plus intimement lié au milieu des affaires dont il est bien souvent issu et où il retourne généralement pantoufler grassement une fois ses services rendus ?
Certains observateurs espèrent néanmoins que ces pratiques puissent être au moins partiellement limitées par la réforme de la fiscalité des multinationales en cours de finalisation sous l’égide de l’OCDE. On peut toujours rêver… •
Xavier Eman in journal Présent
Alors que, pour gouvernants et médias, la santé publique semble entièrement et uniquement liée à la question de la Covid-19, les consommateurs découvrent avec effarement un nouveau scandale alimentaire aux conséquences potentiellement dramatiques.
En effet, toutes les enseignes de la grande distribution ont été contraintes de retirer en urgence de leurs rayons plus de 10 000 aliments contaminés par l’« oxyde d’éthylène », un pesticide cancérigène. Un chiffre qui n’a cessé d’augmenter jour après jour depuis des mois dans un assourdissant silence médiatique.
Ces aliments sont visés par un rappel de la Répression des fraudes car leur teneur en oxyde d’éthylène est supérieure à la limite autorisée. L’oxyde d’éthylène est un gaz utilisé par l’industrie chimique comme pesticide mais il est interdit en Europe car classé depuis 1994 parmi les agents cancérigènes pour l’homme par le Circ (Centre international de recherche sur le cancer).
Détectée dans des graines de sésame d’Inde, cette contamination touche aujourd’hui de très nombreux produits, y compris dans les gammes « bio » des grandes surfaces telles que Auchan, Biocoop, Carrefour, Casino, Franprix, Leader Price, Leclerc, Picard, Système U, U Bio…). La DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) recommande aux personnes qui détiendraient les produits contaminés (la liste est disponible sur son site internet) de ne pas les consommer et de les rapporter au point de vente où ils ont été achetés à fin de remboursement. Il s’agit d’un scandale de très grande ampleur qui révèle la faillite totale des systèmes de contrôle et de traçabilité de notre alimentation.
Plus choquant encore, on apprend, grâce au magazine Que Choisir, que fin juin les produits alimentaires contaminés n’étaient plus rappelés des rayons des supermarchés français, du fait d’un flou juridique dont auraient profité plusieurs pays européens. Il faudra attendre mi-juillet pour que la Commission européenne impose le retrait systématique de ces produits à l’ensemble des Etats membres de l’UE. Durant ce laps de temps, les grandes enseignes ont donc sciemment exposé la santé de leurs clients, démontrant une nouvelle fois que le profit et la rentabilité passent pour elles avant toute autre considération. Des faits d’une extrême gravité qui devraient déboucher sur une mise en accusation des divers protagonistes de l’affaire afin d’établir les responsabilités de chacun et de veiller à ce que de telles pratiques soient efficacement et définitivement éradiquées.
Mais curieusement, cela ne semble pas être la priorité de notre gouvernement, pourtant prétendument si soucieux de notre petite santé. Il est vrai qu’il est plus facile d’imposer un vaccin expérimental au vulgum pecus et de supprimer les libertés des récalcitrants que d’entamer un bras de fer avec les géants de l’industrie agro-alimentaire et de la grande distribution afin qu’ils cessent de nous empoisonner au quotidien. •
Xavier Eman in journal Présent
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L’interdiction de se rendre dans les salles de cinéma faite, à partir de cette semaine, aux parias refusant la vaccination obligatoire ne devrait pas être trop difficile à supporter. En effet, après la piteuse pantalonnade des César, c’est au tour du festival de Cannes de finir de nous détourner de ce qui fut jadis le « 7e art » et qui ressemble aujourd’hui à quelque chose à mi-chemin entre un meeting LGBT et une séance chez le psychiatre.
Il ne fallait certes pas attendre grand-chose d’un festival dirigé par Pierre Lescure, ancien patron de Canal+ et incarnation paroxystique de « l’esprit » de cette chaîne, à savoir le ricanement bobo faussement transgressif, et dont le président du jury était le militant racialiste noir Spike Lee. Un président d’ailleurs totalement à côté de ses pompes lors de la cérémonie de clôture, puisqu’il a annoncé la Palme d’or au début – et non à la fin – de la soirée, créant un important malaise dans le public et la panique des organisateurs.
La dite Palme d’or a donc été attribuée à Titane de Julia Ducournau, un film « trash » (en français : dégoûtant) selon la plupart des commentateurs, qui avait provoqué des nausées et des évanouissements chez certains spectateurs lors de sa projection, ce qui serait apparemment un gage de qualité et même d’excellence. Une vingtaine de personnes choquées par l’extrême violence des images avaient ainsi dû être prises en charge par les pompiers. Mais de quoi parle donc ce nouveau chef-d’œuvre ? Titane narre l’histoire d’Alexia, une jeune femme victime d’un accident de voiture, à qui a été greffée une plaque de titane dans la tête, ce qui lui fait développer une attirance sexuelle pour les voitures (sic) ainsi que des pulsions meurtrières envers les hommes. Sera-t-elle sauvée par l’amour de Vincent, un pompier accroc aux piqûres de testostérone, qui pleure son fils disparu enfant ? Si vous n’êtes pas impatient de vous précipiter dans les salles obscures pour avoir la réponse à cette angoissante question, c’est que vous êtes un affreux ringard, pour ne pas dire un « has been » complet.
Pour l’anecdote, on pourra aussi noter, en marge du palmarès officiel, la remise de la « Queer Palm », le prix LGBT, à une autre œuvre au scénario tout à fait passionnant, La Fracture, où Marina Foïs et Valeria Bruni-Tedeschi campent un couple lesbien au bord de la séparation, qui se retrouve à l’hôpital en pleine crise des Gilets jaunes. Encore un grand succès populaire en perspective…
Mais laissons le dernier mot à la lauréate de la Palme d’or, Julia Ducournau, tant son pompeux charabia est emblématique de ce qu’est devenu le grand raout annuel du cinéma international : « Je remercie le jury d’avoir reconnu le besoin avide et viscéral que nous avons d’un monde plus fluide et plus inclusif. J’appelle à plus de diversité dans nos expériences au cinéma et dans nos vies. Merci aussi au jury de laisser rentrer les monstres. »
Eh bien, pour notre part, nous préférons laisser les monstres entre eux. •
Xavier Eman in Journal Présent
L’un des rôles principaux de l’ONU est d’imposer la doxa progressiste et mondialiste à l’ensemble des pays du monde sans se soucier de leur souveraineté ni des opinions des populations locales. C’est dans ce cadre idéologique que s’inscrit la nouvelle sortie du haut-commissariat des droits de l’homme de l’organisation internationale qui, afin de lutter contre un prétendu « racisme systémique », exhorte plusieurs pays, dont la France, à mettre en place des « statistiques ethniques ». Une idée qui pourrait bien se retourner contre ses promoteurs en révélant la réalité des maux liés à l’immigration et l’étendue du « grand remplacement » mis en exergue par Renaud Camus.
C’est dans un rapport publié le 28 juin que l’organisation supranationale stipule que les Etats « devraient recueillir et publier des données complètes ventilées selon la race ou l’origine » et analyser « les effets cumulés des lois, des politiques et des pratiques sur certains groupes raciaux et ethniques en particulier ».
La question des statistiques ethniques est un vieux serpent de mer du débat politique hexagonal. Si certaines personnalités politiques comme Nicolas Sarkozy ont pu s’y déclarer favorables, l’idée rencontre une forte opposition, à gauche comme à droite, car elle serait contraire à l’idéal « républicain », intégrateur et assimilationniste, de notre pays. Un modèle pourtant déjà battu en brèche, pour ne pas dire totalement dévasté, par la submersion migratoire et le communautarisme exacerbé, notamment musulman, qui en découle.
En 2020, le président Macron avait fermement écarté la perspective d’une telle mesure, assurant « préférer la mise en place concrète de dispositifs anti-discrimination plutôt que de recourir à des statistiques ». Même Marine Le Pen, de façon assez surprenante et déstabilisante pour une partie de son électorat, s’est déclarée opposée à ce mécanisme comptable. Pourtant, si dans l’esprit évanescent des droits de l’hommistes de l’ONU, ces statistiques permettraient de révéler les abominables discriminations et autres brimades dont seraient victimes les membres des diverses minorités, dans les faits, elles pourraient surtout mettre en lumière, de façon désormais indiscutable, la réalité de l’immigration et de ses conséquences, comme la surreprésentation de certains groupes ethniques dans les faits de délinquance et de criminalité ou encore l’avancée de la substitution de population en cours. Ainsi, par exemple, avec de telles informations, Eric Zemmour aurait sans doute échappé à la condamnation pour « incitation à la haine raciale » pour avoir déclaré en 2010 que « la plupart des trafiquants sont noirs et arabes », affirmation qu’il lui était alors impossible – et interdit – de prouver chiffres à l’appui.
C’est d’ailleurs sans doute bien plus la perspective de toutes ces « révélations » (qui n’en sont bien évidemment qu’aux yeux des myopes volontaires qui nous gouvernent) qui suscite tant de réticence vis-à-vis de l’établissement de ces statistiques, que la défense du fameux « idéal républicain » évoqué plus haut et quotidiennement foulé aux pieds par les activistes « indigénistes » et autres hystériques « Black Lives Matter ». Si l’ONU souhaite des statistiques ethniques, il faut lui en donner. Soumettons-nous pour une fois de bonne grâce aux exigences de l’organisation internationale. Le résultat pourrait être détonnant. •
Xavier Eman in journal Présent
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S’entretuer et en venir à se haïr entre « camarades » à propos de sujets « clivant», souvent lointains, sur lesquels nous n’avons aucune prise concrète est éminemment stupide et contre-productif. Presque autant que d’affirmer qu’il ne faut avoir ni avis ni jugement sur ceux-ci, parce qu’ils seraient justement trop étrangers à nos préoccupations quotidiennes ou trop complexes ou encore « récupérés » par tel ou un tel dont la gueule ne nous reviendrait pas. Faire de la politique, c’est avoir une vision du monde, globale, appuyée sur des principes immuables, qui, s’ils ne sont pas monolithiques et peuvent être ajustés à la marge à certaines circonstances - n’évoluent pas radicalement sur le fond, quelle que soit l’époque ou la zone géographique. Face à des problématiques ardues et des situations éminemment tragiques dont personne ne connait l’ensemble des tenants et aboutissants, c’est donc uniquement sur la base de ces « principes » que l’on peut se positionner avec le maximum d’assurance et de sérénité, sans certitude de détenir la vérité mais avec celle d’être cohérent avec soi-même.
C’est ainsi que pour ma part, étant identitaire, anti-impérialiste et favorable au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, je ne peux être que « pro-palestinien », sans passion excessive, sans romantisme exacerbé ni manichéisme adolescent. Mais sans hésitation ni gêne quelconque.
Et ni la haine anti-française de nombreux prétendus « pro-palestiniens » - qui peineraient sans doute à indiquer cette région du monde sur une carte – défilant dans les rues de Paris, ni l’incompatibilité de l’Islam avec ma vision de la France, ne changent et ne changeront rien à cela. Au contraire, même. Car il ne faut pas confondre les problèmes de politique et de sécurité intérieures avec les questions de géopolitique et de droit international. Ni projeter ses frustrations quotidiennes sur une situation extérieure qui est incomparable.
La rupture effective avec le totalitarisme de la mondialisation exige le retour à des espaces limités, autonomes, largement auto-suffisants, à taille humaine au sein desquels des communautés homogènes et solidaires puissent s’épanouir autour de leurs identités charnelles régénérées.
Pour qu ce « retour au localisme », tel que notamment théorisé par la Nouvelle Droite1, ne reste pas une simple utopie romantique servant à nourrir les conversations de fin de soirées de jeunes urbains alcoolisés, il nécessite plusieurs impérieux préalables :
- La fin de l’omnipotence citadine et le renoncement à l’idéologie pavillonnaire (qui n’est rien d’autre que l’extension infinie d’une non-ville au sein d’une non-campagne composant peu à peu un immense no-man’s land individualisto-petit bourgeois) au profit d’un réel réaménagement du territoire réinvestissant la ruralité 2.
- La dénonciation de l’idéologie de la croissance perpétuelle et du gaspillage organisé nécessitant une production toujours plus massive et toujours plus délocalisée pour en minimiser les coûts et en augmenter ainsi l’attractivité, à laquelle on substituera la valorisation de la frugalité et de la simplicité volontaire.
- La réhabilitation de l’apprentissage des arts, techniques et métiers, préféré au culte délirant d’un secteur tertiaire déifié et producteur de cet immense prolétariat « intellectuel » pourrissant sur pattes dans les blocs de bétons de nos cités tentaculaires.
La tâche est donc immense mais seul ce triptyque semble capable de permettre une évasion viable du système libéral et financier globalisé, nouvel esclavagisme moderne, en permettant non pas une fumeuse, bien que séduisante en théorie, « sortie de l’économie » mais une refondation de celle-ci sur des principes de proximité, d'utilité collective et de mesure. En un mot et pour rependre l’analyse aristotélicienne: s’arracher à la chrématistique (volonté d’accumulation des moyens d'acquisition en général, et plus particulièrement la monnaie, pour eux-mêmes et non en vue d'une fin autre que son plaisir personnel) pour revenir à une économie « naturelle » (les échanges nécessaires à l'approvisionnement de l'oïkos, c'est-à-dire de la famille élargie au sens de communauté).
Non pas nier l’économie mais la remettre à sa place.
Pour réaliser ce qui n’est rien moins qu’une révolution civilisationnelle, un certain nombre de prises de conscience et de changements de comportements, individuels puis collectifs sont nécessaires, aussi modestes dans leur apparence qu’immenses dans leurs conséquences.
Chacun doit notamment comprendre que tous ses actes d’achats de biens ou de services sont des actes politiques sans doute concrètement aussi importants, si ce n'est plus, que le collage d’une affiche ou l’assistance à une conférence (l’un n’excluant évidemment pas l’autre, bien au contraire.). Ainsi l’analyse systématique des origines des produits consommés et leur « discrimination » en fonction de celles-ci permettra sur le long terme une « pression au local » susceptible de susciter un certain nombre de « relocalisations ».
Car il faut garder à l’esprit qu’acheter un tshirt fabriqué en Chine et imprimé en Indonésie barré d’un slogan farouchement révolutionnaire européen ou d’un symbole de la Tradition n’est pas un acte réellement identitaire mais simplement une participation à l’une des innombrables « niches tribales» de la consommation mondialisée. Achetez ses fruits et légumes, ses œufs et son fromage en vente directe auprès d’agriculteurs locaux, choisir un pull marin tricoté dans un atelier de Bretagne, privilégier systématiquement les artisans sur les grandes surfaces, renoncer à une futilité technologique fabriquée par les enfants-cerfs du tiers-monde sont par contre de véritables actes de résistance identitaire. Moins « visibles » peut-être, mais plus utiles assurément3.
Cette optique est bien entendu incompatible avec la recherche perpétuelle du « plus bas prix », cette idéologie de l’accumulation névrotique par le « discount »; c’est au contraire une prise en compte permanente de la « qualité », de « l’éthique » et de la « durabilité » et non uniquement du « prix » affiché, généralement inversement proportionnel au coût social et identitaire. Une telle démarche nécessite des moyens financiers importants ? C’est en effet un contre-argument souvent avancé mais qui ne résiste pas à l’analyse.
Ainsi lorsque l’on sait qu’entre 30 et 35% de la nourriture achetée est finalement jetée sans être consommée, il apparaît évident qu’une gestion plus raisonnée des quantités acquises compenserait largement le surcoût de produits alimentaires locaux, de saison et de qualité4.
Ainsi une telle volonté de « politisation des achats », pour être viable, doit s’accompagner de l’acceptation d’une sobriété bien comprise. « Moins mais mieux », encore et toujours.
Cet « activisme de la consommation », s’il est indispensable, n’est évidemment pas à lui seul suffisant pour entraîner une rupture profonde avec la logique mondialiste de la production marchande. Pour y parvenir, l’action politique étatique parait incontournable. Celle-ci pourrait prendre notamment la forme d’une fiscalité progressive en fonction de le proximité du producteur et du consommateur (« TVA local » : plus la production est proche, plus la TVA est basse. Proposition intéressante avancée notamment par les Identitaires lors de leur convention d’Orange). Elle pourrait aussi s'incarner dans une rigoureuse politique de sanctions, au niveau européen, envers les entreprises recourant aux délocalisations (amendes, fermeture des marchés à leur production, saisie des avoirs...).
Les possibles destructions d'emploi provoquées au sein des usines à gadgets et des diverses multinationales par une décroissance raisonnée pourraient pour leur part être compensées par un renouveau des services de proximité (petits commerces, services à la personne, enseignement, dépannages et réparations, atelier coopératifs travaillant sur les matières premières locales, mise en valeur du patrimoine...) et par un recours plus massif à la main d'œuvre dans des exploitations agricoles désindustrialisées. Ainsi, aux États-Unis, certains agriculteurs productivistes, confrontés à une prolifération de mauvaises herbes devenues résistantes à toutes les saloperies chimiques balancées sur leurs champs (notamment ce poison violent qu'est le round-up), ont été contraints de stopper l'utilisation de pesticides et de recourir à l'arrachage manuel, créant ainsi, à leur corps défendant, un cercle vertueux: création d'emplois générant des revenus permettant d'écouler en local des fruits et légumes au coût de production plus élevé mais à la qualité gustative et sanitaire bien supérieure.
Politiquement, socialement, écologiquement, la relocalisation de notre économie est une nécessité absolue. A nous d’opposer à l’uniformisation mercantile de la globalisation ce que les Anciens appelaient le « genus loci » et Heidegger le « Er-örterung », c’est-à-dire « l’assignation au site ».
« Ce que nous appelons un site est ce qui rassemble en lui l’essentiel d’une chose » précisait le philosophe allemand.
Il est grand temps aujourd’hui d’y revenir.
1 Revue « Eléments », numéro 100.
2 Le néo-ruralisme, comme son nom l'indique d'ailleurs, n'est pas une imitation plus ou moins maladroite d'un modèle passé mais une recréation, une nouvelle forme d'investissement de l'espace rural. Ainsi le « retour à la paysannerie » est-il simplement l'un des aspects de cette démarche et non la voie unique d'une réappropriation de la terre. Les courageuses initiatives de quelques camarades néo-paysans sont autant d'exemples remarquables, démontrant la faisabilité de ruptures radicales. Cependant tout le monde n'a pas été et ne sera pas paysan et c'est bien l'ensemble du spectre des activités humaines qu'il faut redéployer dans la sphère rurale, selon le génie propre de chacun.
3 Certains sites internet permettent d'aiguiller cette pratique de « l'achat localiste
4 Cet exemple est transposable à bien d'autres domaines, de l'habillement, avec ses armoires dégueulant d'habits jamais portés, aux équipements hifi ou audiovisuels inutiles, sitôt achetés sitôt « dépassés » par de nouvelles versions, en passant par les voyages lointains mais inutiles car réduits au préfabriqué occidentaliste des « agences de voyages » et même criminels car participant à la destruction des identités réelles sous l'action du rouleau compresseur du tourisme international de masse.