RDV
Rentrée littéraire! Du beau monde!
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Amour, haine, révolution
Rentrée littéraire! Du beau monde!
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Je n’ai jamais aimé les lontains à l’exception de ceux où, à l’issue du périple qui y menait, attendait un ami. Je ne tolère le voyage que s’il est synonyme de retrouvailles et ne supporte le mouvement que s’il rapproche.
Je suis un sédentaire, un casanier, un immobile, qui ne se déplace volontairement sans trop de souffrances que pour retrouver, dans quelques cœurs aimés, des bribes de moi-même abandonnées là, en confiance ; confiées à ces gardiens fidèles et sourcilleux dont il est néanmoins parfois à la fois judicieux et plaisant de vérifier le degré de vigilance.
L’habitude n’y fait rien, je ne cesse d’être étonné et décontenancé à l’écoute de ces petits bras de la banque qui, à la sortie de la cantine, boivent hâtivement leur café au PMU du coin, l’œil vissé sur la montre pour respecter leur « temps de pause méridienne », et qui discutent avec joie, gourmandise et enthousiasme de l’argent de leurs clients, comme si celui-ci était un peu le leur. Malgré leurs costumes de chez Jules et leurs chaussettes tire-bouchonnées sur leurs chaussures trop pointues, on comprend qu’ils se sentent solidaires de ces « grands comptes » qui déposent des centaines de milliers d’euros dans les coffres virtuels dont ils ont la « responsabilité ». Ils pensent sans doute faire un peu partie du même monde, ne pas être des domestiques mais des « partenaires » et des « accompagnateurs ».
La litanie de chiffres qui constitue l’essentiel de leur conversation allume une petite mais vigoureuse flammèche au fond de leur regard, une ébauche de brasier qui s’éteint assez rapidement lorsqu’ils ramassent sur le guéridon les soixante centimes de monnaie rapportés par le serveur.