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A moy que chault!

Une fin du monde sans importance

2 Février 2018, 02:09am

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Lutte finale

Assis en haut de l’amphithéâtre, près de la sortie de secours, tapotant sur son Mac portable, Alban débutait cette première année de fac avec beaucoup d’enthousiasme. D’abord parce qu’il avait de la chance d’être là. En effet, avec son 10,01 de moyenne au bac, il était loin d’être certain de parvenir à obtenir une place à l’université, celle-ci étant déjà surchargée, d’autant plus dans la discipline prestigieuse qu’il avait choisie : la sociologie. Mais, avec bonheur, il avait bénéficié d’un tirage au sort favorable et avait ainsi fait la nique à plusieurs de ses anciens condisciples de lycée ayant obtenu des mentions avec lesquelles ils pouvaient désormais se torcher. L’enseignement démocratique était vraiment une chose merveilleuse.

Il était également très motivé par un programme de cours particulièrement alléchant et correspondant parfaitement à ses engagements militants au sein de la communauté LGBTQIAP1 . Il se montrait ainsi particulièrement impatient d’entamer le séminaire « Déconstruction des stéréotypes de genre » ainsi que celui sur « « L’influence du sexe anal sur le progrès social ». Sa volonté – née au début de son année de terminale L, à la suite du visionnage du film « la Vie d’Adèle » - de rejoindre les minorités sexuelles opprimées et de partager leurs combats émancipateurs était une démarche purement altruiste car, à son grand regret, il n’appartenait à aucune d’entre-elles. Il avait bien sûr tenté quelques expériences homosexuelles, se faisant notamment sucer dans le backroom d’un bar gay du Marais, mais l’acharnement buccal de son partenaire moustachu n’ayant pas même réussi à lui procurer une demie molle, il avait été contraint de se rendre à l’évidence : il était hétéro. Ou plus exactement « cisgenre », c’est-à-dire que son genre de naissance correspondait à son genre psychologique, « ressenti ». Ce n’était pas de chance mais c’était ainsi. Etant déjà blanc de peau, on ne pouvait pas dire que la nature l’avait gâté ni aidé à bien s’intégrer aux luttes progressistes de son temps. Fort heureusement, il était petit, malingre et assez laid, ce qui lui évitait l’humiliation définitive d’incarner la figure odieusement oppressive et rétrograde du mâle blanc patriarcalo-dominant. Parfois cependant, quand il avait trop honte – lorsque, par exemple, au sein d’un groupe de parole, il se retrouvait face à un réfugié clandestin gabonais travesti et priape – il s’affirmait « asexuel », ce qui n’était pas totalement faux mais résultait davantage d’un manque d’opportunités que d’un quelconque déterminisme naturel ou d’un choix psycho-social.

En réalité, il était a-anormal, tragiquement et parfaitement ordinaire, ce qui le rendait parfois profondément malheureux. Mais en ces instants, il était bien loin de ces sombres pensées. Il commençait sa nouvelle vie d’étudiant et ressentait une énergie et une volonté d’agir d’une rare intensité. Il voulait tout faire, adhérer à toutes les associations (des « Bilboquets », le club de rugby gay à « Litté-Ratures », le groupe de réécriture non-genrée des romans classiques…), participer à toutes les actions, soutenir tous les projets… Dans son enthousiasme, il avait même essayé de s’inscrire à une réunion inclusive de réflexion sur « le harcèlement moral visant les personnes en situation d’obésité » sans se rendre compte que celle-ci était « non-mixte ». Petite erreur de débutant qui avait fait sourire l’organisatrice, Samantha, présidente du collectif « Fat&Proud Lesbian Bitch ». Il s’était alors rabattu sur le sit-in en faveur du déboulonnage des pissotières des toilettes des « hommes », symboles discriminatoires et phallocratique d’un autre âge. D’autres activités avaient également retenu son attention, comme le cycle de cinéma « Migrations et Emotions », la « Journée d’initiation à l’excision non-traumatisante » ou le colloque « Epilation : une oppression dermique ».

Bref, l’année universitaire s’annonçait particulièrement chargée. Il ne restait plus qu’à espérer que son père qui, à 54 ans, venait de perdre son travail de dessinateur industriel suite à la délocalisation de son entreprise en Asie, puisse continuer à financer ses études et à payer son studio. La Révolution sociétale était à ce prix.

Xavier Eman (in revue Eléments numéro 169)

1 Lesbiennes, Gays, Bi, Trans, Queer, Intersexués, Asexuels, Pansexuels

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Le Bastion Social : des « zadistes » conséquents.

1 Février 2018, 18:16pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Il existe, dans les milieux identitaires, anti-mondialistes « de droite », écolo-patriotes et nationalistes-révolutionnaires un intérêt – légitime – voire une fascination – ambiguë parfois – pour l'extrême gauche radicale, ses actions et réalisations, de Notre-Dame des Landes au barrage de Sivens en passant par les réseaux d'Amap et les modes de vie « alternatifs ». Impliqués depuis plus longtemps dans les combats sociaux, écologistes et anti-capitalistes qu'une droite radicale longtemps thatchéro-reagano-occidentaliste (et qui tend malheureusement, dans certaines de ses formes, à la redevenir...), les « bolches » ont indiscutablement des méthodes et des modèles d'action qu'il n'est pas inutile – et même important – d'étudier, ni indigne, parfois, de saluer.

Pour autant, afin de ne pas tomber de l'analyse honnête à l'approbation excessive, il convient de conserver à l'esprit plusieurs éléments. Tout d'abord, la très large complaisance médiatico-étatico-judiciaire dont ils bénéficient. Même s'ils leur arrivent – lorsqu'ils dépassent le cadre qui leur a été assigné – de subir ponctuellement des accès de répression violente aux conséquences parfois dramatiques (Rémi Fraisse) – qui sont autant de piqûres de rappel des limites à ne pas dépassser... -, leur quotidien militant est globalement et généralement toléré, accompagné, pour ne pas dire célébré quand il n'est pas subventionné.

Ensuite leur aveuglement complet, pour ne pas dire leur cécité totale, sur les problématiques migratoires, pourtant nœud causal de la mondialisation et du nouveau totalitarisme libéral, en fait, malgré toute la sympathie que peuvent susciter certaines de leurs initiatives, au pire les alliés objectifs, au mieux les idiots utiles, du système qu'ils prétendent combattre.

Face à cette impasse, des jeunes gens, partageant une large part de leurs aspirations affichées (autonomie, justice sociale, anti-capitalisme, localisme...), se dressent sous la bannière du « Bastion social », débarrassant la lutte sociale de ses scories « sans-frontiéristes », "bien pensantes" et « xénophiles ».... Ils reprennent à leur compte le vieux slogan soixanthuitard « vivre et travailler au pays » mais sans y ajouter, comme s'en sentent désormais obligés les révolutionnaires homlogués « au pays  de son choix », pour bien préciser que tout le monde peut vivre n'importe où et qu'un être humain n'est qu'un individu sans racine ni culture que l'on peut balader sur une planisphère au gré de ses « envies » ou des besoins du marché... Ils veulent défendre « les nôtres avant les autres », ce qui n'a jamais induit la haine ni le mépris de ces « autres » que l'on place simplement au second rang de ses naturelles préoccupations, et veulent remplacer l'internationalisme par l'inter-nationalismes, la négation des différences et des particularités par la fierté des racines et le respect des héritages.

Curieusement, ils rencontrent beaucoup moins de soutien, d'encouragement, de marques de sympathie et de bienveillance que leurs homologues dreadlockeux… Parce qu'ils n'ont pas les bon « looks », pas les bons référents culturels et historiques, pas les bon itinéraires, pas les bonnes gueules... Préjugés et discriminations pourrait-on dire pour sourire en reprenant le vocabulaire consensuel… En réalité, ce qu'on leur reproche, c'est d'être vraiment radicaux parce que cohérents, combattant avec la même force les causes et les conséquences d'un état de faits sur lequel d'autres se content de pleurnicher.

Et lorsque, dans la journée même de la décision judiciaire, à Lyon, une impressionnante armada de flicaille toujours aux ordres et enthousiaste à servir les pires salopes se rue à l'assaut d'un immeuble public vacant squatté par le Bastion pour y loger des nécessiteux français, c'est sous les encouragements et applaudissements de cette fameuse « extrême-gauche activiste » qui se prétend anti-système et révolutionnaire... Cette seule scène suffit à tout comprendre, à tout saisir. Longue vie au Bastion Social !

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