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A moy que chault!

Plus qu’hier, moins que demain…

2 Mai 2016, 22:26pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Je refuse cette idée « d’âge de raison » qui, fort curieusement, correspond à celui des reniements, des embourgeoisements, des conforts et des lâchetés. Je rejette ce tropisme universel qui devrait « naturellement » mener tout un chacun de la radicalité au compromis, de l’activisme au conservatisme, de l’exigence à la mesure. Je trouve odieuse la vision de la jeunesse comme un âge de la naïveté, de la bêtise exaltée et des utopies ridicules qui seraient, heureusement, corrigées par le passage des ans, l’apport de l’expérience et l’avènement de la « sagesse » vue comme une soumission bienheureuse et satisfaite aux diktats du temps. Que celui qui reste fidèle aux rêves et engagements de ses vingt ans soit considéré comme un hurluberlu ou un adolescent attardé est la pire des forfaitures, la plus indigne des mystifications, entretenue par tous les traîtres et les vendus, bien contents de moquer ceux qui n’ont pas « grandi », comme eux, en conformisme et en servitude. J’affirme comme purement moderne l’idée que les grands espoirs, les grands sacrifices, les grands engagements seraient réservés aux prurits irresponsables des « jeunes années »… Toute l’histoire, jusqu’à la misère de notre temps, démontre et prouve le contraire. Soit une idée est bonne, juste et vraie, soit elle ne l’est pas. Elle ne change pas de nature au rythme de l’accroissement de l’embonpoint, de la chute des cheveux, des exigences de bobonne, des avis d’impositions, des remarques de la belle-famille et des plans de carrière. Que le cœur batte moins vite avec les années, que le souffle se fasse plus court, c’est une chose ; mais dégueuler un discours moralisateur et condescendant, « pragmatique » disent-ils, pour justifier cette baisse d’afflux sanguin, en est une autre. Ce n’est pas à la jeunesse de changer le monde – pendant que l’on souscrit des assurances-vie tout en promulguant des conseils avisés de « prudence » - c’est à la flamme de la jeunesse d’embraser la triste plaine de notre époque en restant active et brûlante dans la poitrine de tous ceux qui en ont un jour ressenti la chaleur et crû à la nécessité du grand incendie qu’elle peut provoquer. La jeunesse n’est pas un exutoire, c’est un commencement. L’activisme n’est pas une branlette compulsive précédant l’abstinence sentencieuse. C’est une école, une étape, un passage. Les méthodes, les attitudes, les implications peuvent changer tant que l’intensité et l’intransigeance sont intactes. Il a toujours un moyen de donner, toujours un moyen de servir. Il ne s’agit pas d’être des héros mais d’humbles serviteurs d’une cause qui, si elle n’était que passagère, n’a jamais vraiment compté. Il n’existe pas d’anciens combattants d’une guerre qui n’a pas été menée jusqu’au bout. Un prétendu « ancien », quand il n’a pas 80 ans, vingt cicatrices et dix médailles, n’est rien d’autre qu’un retraité qui ne mérite que l’indifférence polie que l’on réserve à ceux qui ont renoncé.