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A moy que chault!

Fatigue

17 Janvier 2016, 21:37pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

Ce qui est fascinant avec les "camarades" qui se plaisent à relayer, dans des hoquets théâtralement accablés et scandalisés, les récents propos du Pape favorables aux migrants - camarades dont on ignorait qu'ils étaient si attentifs aux positions du Vatican en règle générale - , c'est que le plaisir évident qu'ils prennent à avoir une nouvelle occasion et un nouveau moyen de dégueuler sur le christianisme est bien plus important que leurs "craintes" vis à vis des possibles conséquences réelles et concrètes (très vagues d'ailleurs, le Pape ne contrôlant pas encore les frontières européennes, ni les législations sur la nationalité où la régulation de l'immigration...).

Quant à ceux qui se demandent "comment peut-on rester chrétien" quand on est natio après ces déclarations, s’ils pouvaient comprendre qu'ils mettent en balance deux choses qui ne sont pas du tout sur le même plan - la foi en la vérité du Christ et de son message et les déclarations factuelles de l'un de ses représentants, temporaires, sur terre -, ils s’épargneraient des questionnements – n’en doutons pas – hautement douloureux.

Lorsque, en 1936, le Pape Pie XII saluait la « Croisade » de l’armée franquiste contre les forces dites « républicaines » en Espagne, sa prise de position n’avait pas plus de lien direct avec les fondements du christianisme que les présentes déclarations du Pape François. Les deux d’ailleurs dévoyant sans doute tout autant, dans des sens opposés, leur rôle et leur mission.

L’Eglise, institution humaine, a été successivement – et parfois même parallèlement – réactionnaire, progressiste, d’extrême-droite, démocrate-chrétienne, ouvriériste, bourgeoise… Ce ne sont là qu’aléas circonstanciels qui, s’ils ne sont évidemment pas anodins, n’ont qu’une importance superficielle pour le croyant… Le christianisme n’est pas un programme politique auquel on adhère ou dont on s’écarte en fonction des modifications cosmétiques qu'y apporterait l’un ou l’autre de ses porte-paroles.

Il est vrai qu’il est plus aisé de se référer à un passé pré-historique fantasmé et reconstruit auquel on peut faire dire ce que l’on veut et que l’on peut parfaitement et idéalement adapter à ses choix idéologiques contemporains puisqu’il est silencieux depuis des centaines d’années…

Libre à certains de penser que nos grands ancêtres chevelus étaient des sortes de proto-waffen SS et que l’Europe serait aujourd’hui une grande citadelle spartiate si elle n’avait été souillée par le « poison chrétien ». Mais qu’ils aient au moins, dans leur grand rêve de virilité altière et de dépouillement guerrier - qu’ils incarnent d’ailleurs généralement si bien au quotidien – la décence de ne pas glavioter avec trop de gourmandise sur une foi et une religion qui ont suscité depuis 2000 ans à peu près tout ce qui est digne de mémoire dans notre civilisation et qui n’a pas besoin d’eux aujourd’hui pour crever tristement… Mais la décence, elle aussi, est peut-être une odieuse marque de faiblesse, un purulent stigmate du désert.