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A moy que chault!

Persévérer

8 Août 2015, 20:59pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

La moiteur estivale l'accablait. Il ne retrouvait plus le petit chemin qui perçait hier encore l'épais maquis de ronces et d'orties. Le lampion de papier rouge qu'il avait attaché à une branche d'arbre pour marquer l'entrée du sentier ne brillait plus. Le vent avait dû l'arracher ou bien avait-il été chapardé par quelqu'un. Pourtant personne ne passait par là. C'était son petit chemin à lui, les autres empruntaient la belle route goudronnée un peu plus loin.

Son regard s'agaçait sur l'impénétrable fouillis végétal, plus rien ne lui était familier, la nature semblait avoir refermé ses portes. La sueur ruisselait maintenant sur ses tempes battues par l'accélération de son rythme cardiaque. Il était pourtant certain de l'endroit, du moins à peu près. Tout ne pouvait avoir si rapidement changé, ces lianes dardées d'épines agressives ne pouvaient avoir poussé en quelques heures... Il devait atteindre le ruisseau, il y était attendu, il y avait rendez-vous. Mais il ne pouvait passer par la grande route, sous peine de voir disparaître le ruisseau et le rendez-vous. Car c'était un rendez-vous où l'on ne se rend que par des chemins de traverse. L'angoisse commençait à enfler en lui, il sentait que son rendez-vous s'impatientait, s'éloignait doucement. Il ne lui restait qu'à se jeter dans l'épaisseur des taillis hostiles. Offrant son corps à demi nu aux morsures et aux déchirures, arrachant de ses mains bientôt ensanglantées les branches les plus massives, il se mit à avancer en trébuchant vers l'objectif qui déjà lui échappait. Les racines lui faisaient des croche-pieds, les ronces fouettaient son insolence. Plus il progressait, plus la végétation devenait dense et agressive. Avait-il été transporté aux confins de l'Amazonie ? Enivré par l'odeur de son propres sang imbibant sa mince chemise, il s'acharnait à progresser malgré les chutes de plus en plus fréquentes. Derrière lui, on entendait des cris, des silhouettes en blouses blanches s'agitaient. Soudain, il transperça l'ultime rideau de feuilles et de branchages et tomba à genoux sur la rive du ruisseau. Mais il n'y avait plus personne. Seul, au loin, de l'autre côté de la large balafre d'eau limpide, brillait par intermittence une frêle lampe rougeâtre. Mais déjà des mains le saisissaient. De toute façon, il n'avait plus assez de force. Demain, peut-être...