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A moy que chault!

Un coq, deux académiciens et un clochard...

10 Avril 2015, 23:55pm

Publié par amoyquechault.over-blog.com

En revenant de la projection de l'excellent documentaire « Leur après-guerre ou le roman des hussards » (dont le mérite essentiel est d'être en empathie avec son sujet sans sombrer dans l'hagiographie), je ne pouvais me débarrasser du goût un peu amer laissé par les images de Michel Déon et Jacques Laurent, engoncés dans leurs costumes d'académiciens français, ne parvenant pas à masquer sous l'ironie et la distance affichées l'épais contentement que leur procurait cette reconnaissance protocolaire, cette pompeuse institutionnalisation.

Cela devait être un couronnement, mais cela puait la défaite, le renoncement. Ces uniformes verts étaient autant de linceuls recouvrant tout ce qu'ils avaient prétendu être et longtemps cherché à incarner. La charge de la brigade légère se terminait au milieu des componctieux gérontes gras du bide...

Cette vision douchait rétrospectivement le naïf mais sincère enthousiasme que m'avait procuré la lecture de ces romans vifs et cinglants, accompagnés de la délicate odeur de rébellion et de souffre qui excite si facilement la jeunesse, en tout cas la mienne. Sans renier une grande affection doublée d'admiration pour Michel Déon, dont le « Je vous écris d'Ialie » restera pour moi une lecture superbement marquante, le spectacle des lambris et des cérémonies académiques prend un peu des allures de trahison...

Est-ce vraiment ainsi que cela doit toujours finir ? Les « marges » ne sont-elles que les salles d'attente des salons officiels ? Et ces gens qui se sont battus jusqu'au bout pour l'Algérie française, prenant au sérieux les lignes enflammées écrites par les alors farouches « hussards » et sur lesquels l'histoire officielle continue à glavioter rageusement, que penseraient-ils de ces pédantesques accoutrements olivâtres, de ces récompenses et prébendes offertes par ceux-là même qui les ont suppliciés ? Ce que l'on écrit n'est-il jamais vraiment sérieux ? Faut-il se tuer en bagnole sur une route de province, comme n'importe quel con partant en vacances avec bobonne, pour échapper à cela ?

Face à ces question, le tragique délabrement d'un Blondin paraît plus digne. Plus émouvant en tout cas.